Dix questions à Xavier Duval

J’ai posé mes dix questions à Xavier DUVAL

Xavier Duval

Nom : Duval
Prénom : Xavier
Date de naissance : 10/12/1982
Discipline : Nihon Taï Jitsu, Aunkaï
Dojo : Seishin Tanren Dojo, Hong Kong
Site Internet : http://tribulations-martiales.blogspot.com   /  http://www.hkbujutsu.com
Tes senseï (d’avant et d’aujourd’hui) : Il y a eu ceux que j’ai suivis pendant longtemps et qui ont eu une influence très forte sur ma pratique: Max Lormeteau, Thierry Durand, Louis Mercier puis Roland Hernaez pour le Nihon Tai Jitsu, Akuzawa sensei pour l’Aunkai. Ceux que j’ai vus de façon plus ponctuelle et dont je ne pourrais décemment pas me présenter comme leur élève même s’ils m’ont clairement influencé: Washizu sensei, Léo Tamaki, Yannick Le Fournis et Maul Mornie. Et enfin ceux qui sans avoir été mes enseignants ont été des partenaires d’entrainement incroyables et qui m’ont permis d’avancer ces dernières années, je pense notamment à Frédéric Lespine et Romain Guihéneuf, mais aussi à tous ceux qui me donnent l’opportunité d’avancer en pratiquant avec eux.

Les 10 questions

1 – Pourquoi et quand as-tu débuté les arts martiaux ?

Comme beaucoup j’ai débuté pour les “mauvaises” raisons. C’était en 1998, j’étais lycéen et je voulais apprendre à me défendre et “être ceinture noire”. Il y avait probablement une part de fantasme et de manque de confiance en soi dans ces raisons mais c’est ce qui m’a encouragé à pousser la porte d’un dojo et à commencer la pratique martiale, sans jamais faire marche arrière.

2 – Pourquoi continuer ?

Je disais que j’avais commencé pour les “mauvaises” raisons parce que si elles m’ont fait commencer, ce n’est pas ce qui m’a fait rester. Et les raisons qui m’ont fait continuer la pratique ont en réalité changé au long de ces presque 20 dernières années.

Passée la première envie d’apprendre à me défendre, j’ai découvert une grande richesse dans les arts martiaux. Dans le Nihon Tai Jitsu que je pratiquais bien sûr, mais aussi dans les nombreuses écoles que j’ai pu croiser, en stage ou dans des cours plus réguliers. J’y ai vu des passerelles, des similarités et des différences qui amenaient à une liberté de mouvement et une utilisation totale du corps qui m’a parlé et qui m’a donné envie de creuser encore et encore.

3 – Les orientations de ta pratique ?

Pendant de nombreuses années j’ai surtout eu une vision “technicienne” de la pratique. Je pratiquais beaucoup en stages faute d’avoir un dojo de NTJ dans ma région et je cherchais à apprendre le plus de techniques possibles, y voyant le graal  de la pratique d’une certaine façon. J’accumulais les techniques donc, un peu à la façon d’un collectionneur. Et puis je suis parti à Hong Kong et la pratique en stages est devenue plus difficile. J’ai fait du Kali et du JJB dans cette optique quelques temps mais assez vite j’ai senti que je ne progressais pas autant que je l’aurais souhaité et que quelque chose manquait.

C’est à ce moment que j’ai rencontré Akuzawa sensei et l’Aunkai, et cette rencontre a durablement changé ma façon d’approcher la pratique parce que j’ai soudain réalisé qu’il me manquait le corps pour appliquer les techniques et que j’avais de nombreux manques de ce point de vue. Mon corps n’était pas structuré, je ne savais pas générer de force ou en recevoir, ni même me déplacer correctement. J’étais tout simplement passé à côté.

L’orientation de ma pratique aujourd’hui est donc clairement axée sur l’utilisation du corps et je me soucie maintenant assez peu de l’aspect presque chorégraphique de la technique. Ce qui m’intéresse aujourd’hui est de comprendre ce qui se cache derrière un mouvement et comment l’efficacité d’une technique peut être décuplée en organisant son corps correctement.

4 – Comment s’entraîner ?

C’est une question difficile et très personnelle. Ce qui est valable pour moi ne le sera pas forcément pour toi ou pour qui que ce soit d’ailleurs. J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs experts dont je trouve le travail excellent mais qui ne me correspond pas forcément pour autant.

Mais au-delà des orientations choisies, je crois que le plus important c’est de s’entrainer de façon cohérente, régulière et intelligente.

Cohérente parce que la pratique martiale demande de faire des choix. Si tous les choix sont a priori valables, tous ne sont pas forcément compatibles. Je fais d’ailleurs régulièrement des ajustements dans ce que je pratique en fonction de ce qui a ou non du sens pour moi.

Régulière parce que la régularité est la clé de tout apprentissage. Une pratique quotidienne même courte vaut à mon avis mieux qu’une pratique hebdomadaire plus longue. Forger le corps prend du temps et c’est un travail qui demande une pratique constante.

Intelligente enfin parce que je suis intimement convaincu que pour progresser il faut être acteur de sa pratique et pas un simple spectateur. Il est facile d’aller au dojo et répéter les mouvements sans jamais chercher à creuser et à comprendre par soi-même le travail proposé. D’une certaine façon j’ai eu la chance de me retrouver très tôt seul face à ma pratique et de devoir me poser des questions et chercher les réponses parce que c’était le seul moyen d’avancer.

Je crois aussi qu’il est essentiel que les entrainements soient toujours “différents” d’une séance à l’autre: je pratique les mêmes Tanren d’Aunkai quotidiennement depuis 6 ans maintenant mais paradoxalement ils sont toujours différents. La pratique doit amener à se poser des questions, à y répondre, et en y répondant à se poser de nouvelles questions. C’est un aller retour permanent entre la pratique et la réflexion.

Comme beaucoup de passionnés, la pratique martiale est devenue une part intégrante de ma vie, à tel point que je ne peux pas passer 10 min sans penser à la pratique, effectuer un ajustement de ma posture, tester une nouvelle façon de marcher ou visualiser une technique. Vu de l’extérieur je passe probablement pour un dingue mais cet entrainement constant est ce qui m’aide à progresser.

5 – Comment enseigner ?

Question encore plus difficile que la précédente… Transmettre est difficile et je cherche toujours quelle est la meilleure façon de transmettre à mes élèves réguliers ou à ceux que je vois ponctuellement en stages. Comme pour la pratique, il n’y a pas de réponse définitive et notre approche est amenée à changer avec le temps.

Ma façon d’enseigner surprend parfois en stage parce que j’ai beaucoup de mal à rester en place et que si les gens ont fait le déplacement ils méritent que je leur donne tout ce que je peux. Il n’est pas rare de me voir courir d’un bout à l’autre de la salle pendant plusieurs heures pour faire sentir le mouvement à tout le monde et le recevoir de chacun. La sensation est pour moi un élément clé de la pratique et j’essaie au maximum de la transmettre. Si je suis extrêmement discret en tant qu’élève, je le suis en revanche beaucoup moins comme enseignant et j’ai tendance à faire beaucoup (trop) de blagues pendant mes cours, souvent pour appuyer le message plus sérieux que j’essaie de faire passer. Un bon mot permet parfois de se souvenir d’une idée de façon plus ludique.

J’ai une approche très horizontale. Le fait que les gens viennent pratiquer avec moi me suffit et je n’ai pas besoin de marque de respect supplémentaire ou de formalité particulière. Je suis encore en recherche et ma pratique évolue sans cesse, et mon enseignement consiste plus à pratiquer ensemble qu’à un enseignement véritablement vertical.

J’ai commencé à enseigner parce que je n’avais pas de partenaires avec qui pratiquer. Mon but premier était donc de former des gens capables de pratiquer avec moi, et de me mettre en difficulté, voire mieux de me dépasser. Quand j’enseigne en stage, c’est le plus souvent chez des copains et c’est l’occasion pour moi de tester mes idées sur le plus grand nombre possible de partenaires. Des fois elles fonctionnent, des fois non, et c’est dans ce cas l’occasion d’en creuser les raisons et de faire mieux la fois suivante. En stage, la problématique de l’enseignement est aussi très différente parce qu’on s’adresse à un public qui ne nous connait pas forcément et qui ne vient pas nécessairement de notre école. J’essaie en général au-delà de l’aspect technique de faire comprendre quelques principes d’utilisation du corps que chacun pourra réutiliser dans sa pratique si cela lui semble pertinent.

Je pars aussi du principe que le rôle d’un enseignant est de rendre ses élèves autonomes. J’encourage mes élèves à pratiquer sans moi et à faire leurs propres recherches. Elles seront peut être différentes des miennes et je crois que c’est souhaitable et sain.

6 – L’évolution des arts martiaux ?

Il me semble qu’il y a de nombreuses tendances en parallèle ainsi que des effets de mode.

Pour ce que j’en vois, les plus marquantes actuellement sont la pratique sportive, la self-défense et la recherche sur l’utilisation du corps. Toutes ont leur intérêt et leurs adeptes.

La “dérive” sportive n’est plus vraiment une nouveauté puisqu’elle a été amorcée assez tôt avec la création de l’UFC et la naissance du MMA. A Hong Kong il existe clairement beaucoup plus de salles d’entrainement de MMA proposant boxe Thai et JJB et que de dojos d’arts japonais. A titre d’exemple le territoire ne compte que 4 dojos d’Aikido et 1 de Jujutsu japonais pour 8 millions d’habitants. L’aspect médiatique mais aussi le côté athlétique présente un certain attrait pour toute une partie de la population.

La self-défense est moins un sujet ici parce que la criminalité n’est pas vraiment un problème. C’est plus le cas en France en revanche avec de nombreuses méthodes qui voient le jour pour répondre aux risques croissants et parfois aussi à une certaine névrose.

L’utilisation du corps est je crois une tendance plus récente, avec la sortie de l’ombre d’un certain nombre d’adeptes de très haut niveau, et en France grâce au travail remarquable de Léo Tamaki qui a fait connaitre leur travail. C’est une approche différente des précédentes a mon avis parce qu’elle ne cherche ni le combat sportif ni l’efficacité dans la rue, mais un travail de longue haleine sur le corps et sur ce qui faisait l’essence des pratiques anciennes (dont le contexte n’était pas le même que celui que l’on rencontrerait aujourd’hui).

Je crois que les arts martiaux sont faits pour évoluer de toute façon et que la pratique n’était pas nécrosée avant de parvenir jusqu’à nous. Evoluer est naturel.

7 – Un enchaînement technique ?

Il y a quelques années j’aurais surement proposé quelque chose d’alambiqué. Aujourd’hui je n’ai pas de réponse à cette question parce que je ne vois plus la technique que comme une application des principes et quelque chose qui sort spontanément en fonction de la situation.

8 – Une anecdote ?

Des dizaines, forcément, mais toutes ne sont pas forcément intéressantes et/ou amusantes à partager.

Une qui m’a particulièrement marqué date de mes débuts en Aunkai. Akuzawa sensei m’a dit qu’il allait me faire Kote Gaeshi et d’essayer de le bloquer. J’étais prêt, je savais ce qui allait arriver, il a fait la technique au ralenti, avec un angle particulièrement pourri et je me souviens avoir pensé “ ce coup ci, ça passera pas”. Et je me suis écroulé comme un château de carte sans bien comprendre pourquoi… Un peu pus tard il m’a dit “l’angle, la vitesse, le timing, ça a peu d’importance quand le corps est bien en place, même si le timing joue parfois”. J’aime cette anecdote parce qu’à cet instant ça n’est pas juste mon corps qui s’est écroulé mais l’ensemble de mes croyances. Selon mes critères de l’époque ce Kote Gaeshi ne pouvait pas marcher, et pourtant… C’est peut être le moment où j’ai véritablement compris ce à côté de quoi j’étais passé jusque là.

9 – Un coup de gueule ?

La politique dans la pratique peut être? J’ai toujours un peu de mal à comprendre les querelles de clocher, qui est le plus légitime, qui doit décider, qu’est ce qui est bien ou pas. J’ai la chance d’être relativement loin de tout ça.

10 – Le futur ?

Je n’ai jamais su me projeter sur le long terme. Ce que je croyais être mon avenir il y a dix ans, tant au niveau martial que personnel ou professionnel n’est pas arrivé et j’en suis même assez loin, sans que j’en sois moins heureux pour autant.

Ce que je sais c’est que les arts martiaux resteront une part importante de ma vie. Je crois en la direction que j’ai choisie et je pense très honnêtement continuer à la suivre, mais qui sait, la vie et la pratique martiale sont faites de changements, j’essaierai donc de m’adapter au lieu de planifier.

Un grand merci Xavier pour tes réponses.

Vous pouvez retrouver tous ceux qui ont accepté de répondre à mes dix questions sur la page Les 10 questions

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