Connaitre les katas me rend-il meilleur ?

3000 karatekas réunis autour d’un kata dans les rues Okinawa

J’ai eu une période où j’aimais apprendre régulièrement de nouveaux katas. Je pense qu’il y avait une grande part d’ego là-dedans. Car le travail que je faisais sur les katas et le temps que j’y passais, faisait que j’en connaissais beaucoup plus que la plupart des gens qui m’entouraient. Le fait de les connaitre me mettait donc naturellement en avant et il n’était pas rare que l’on vienne me questionner sur tel ou tel kata, et j’en étais fier. En connaitre toujours plus me donnait l’impression d’être meilleur. Et surtout que je deviendrais encore meilleur. Alala la fierté d’un jeune de 20 ans…

Mon évolution, ma progression, et mon travail personnel font qu’aujourd’hui je ne suis plus du tout dans la même optique. J’avoue qu’il y a des katas que je serais incapable de faire immediatement du tac au tac et de manière satisfaisante. Notamment pour les katas d’autres styles que le shotokan.

Mais est-ce bien important?

Avec le recul, je ne crois pas.

Quel est l’objectif des katas?

Je pense que l’objectif des katas est de nous faire découvrir et apprendre des enchaînements de formes de base, tout en éduquant le corps. La présentation d’un kata permet également de travailler un certain état d’esprit indispensable à la pratique du budo. L’obligation d’une certaine concentration pour la mémorisation et l’exécution. Puis un esprit combatif. Car je fais partie de ceux qui croient qu’à un certain niveau, on ne pratique plus le kata en ayant notre intention sur nos propres mouvements, mais plutôt en visualisant les attaques subies, correspondantes au déroulement du kata.

Alors a-t’on besoin d’apprendre et travailler 10, 20, 30, 100 katas?

Comme souvent, j’ai envie de répondre oui et non.

Oui, car c’est un excellent outil formateur. Et comme nous sommes tous différents, nous n’avons pas les mêmes besoins, les mêmes ressentis. Un mouvement, un discours, une explication, une compréhension, aura un résultat différent chez chacun de nous. Et cela pourra aussi faire la différence à un moment donné dans notre progression. Certains apprécieront tel kata, d’autres en préféreront un autre. Certains vont découvrir telle sensation dans un kata, d’autres découvriront la même sensation dans un autre.
En travaillant beaucoup de katas, on met donc toutes les chances de notre côté pour bien former notre corps et mieux comprendre l’art pratiqué et son état d’esprit. Pour certains, il s’agit également de maintenir notre motivation par la découverte de nouvelles choses, et continuer à progresser en trouvant, à un moment donné, ce qui fera sens pour nous et qui est différent pour chacun. J’encourage donc tous les pratiquants à découvrir de nouveaux katas car ce ne sera jamais une perte de temps (sous réserve que ce soit correctement travaillé bien entendu). De plus, cela est important pour la transmission d’une école que de transmettre les katas aux générations futures pour qu’elles aussi y trouvent ce dont elles auront besoin, et puissent se développer à leur tour.

Néanmoins, je crois qu’il n’est pas indispensable de tous les connaitre. Et il est vrai qu’au fur et à mesure de la progression, la forme laisse place aux principes. Et pour travailler les principes, quelques katas suffisent amplement.
Personnellement, je sais qu’aujourd’hui, si je continue à faire des katas « supérieurs » du shotokan ou d’autres styles, ma préférence revient au travail des 5 heian « de base ». Car avec le recul, je trouve qu’il y a vraiment tout dans ces katas.
Ce n’est pas pour rien que Gichin Funakoshi disait, 1 kata pour 3 ans. C’est bien qu’il y a déjà beaucoup à faire avec un kata.
En complétant ce travail avec les 4 katas shinju que j’ai créés pour compléter les « manques » que je ressentais, j’ai l’impression d’avoir tout ce dont j’ai besoin pour travailler, et je crois que c’est l’essentiel. Ce qui bien entendu, ne m’empêche pas d’aller découvrir et travailler d’autres aspects ailleurs pour ne pas m’enfermer dans un stéréotype et sortir de ma zone de confort.

Que l’on travaille 5 ou 50 katas, l’important est d’y trouver ce dont on a besoin pour évoluer dans sa pratique.

Mais attention au terme « travailler un kata » qui, il me semble, est régulièrement mal compris par les pratiquants.

Souvent on croit que répéter un kata, c’est le travailler. Mais cela n’a rien à voir. Le répéter, c’est juste faire travailler sa mémoire finalement, et quelques enchaînements (bien souvent inapplicables tels quels en combat).

Travailler un kata, c’est travailler AUTOUR du kata, et insister sur des points précis.

-L’exécution d’un mouvement, d’un enchaînement, d’un déplacement, d’une coordination … et leurs combinaisons

-L’explosivité, la fluidité, la puissance, la capacité de mouvement … et leurs combinaisons

-Les versions omote (LE kata), ura (son symétrique), go (en absorbant), go ura (en absorbant et en symétrique), go omote (absorber sur les défenses, avancer sur les attaques), ushiro (en arrière, en partant de la fin), oyo (liberté sur les axes et les déplacements) …

-Travailler les applications qui en découlent (bunkaï). Et il ne s’agit pas de trouver une application par bloc comme il peut être demandé en passage de grade. Il s’agit, je crois, d’en trouver de nombreuses pouvant correspondre à différentes séquences et situations de combat. Et pour ces applications, attention à ne pas rester sur du kata-kumite où l’on effectue « bêtement » et exactement le kata, au petit doigt près. Non, ce n’est pas les mouvements qu’il faut mettre en avant, mais leurs sensations. Et ici encore, les principes priment sur la forme.

– Chose intéressante aussi, travailler les mêmes katas aux armes, car cela entraînera d’autres distances, d’autres principes, une certaine difficulté pour la prise en main de l’arme, et apportera un côté nouveau et ludique appréciable.

– Voir même incorporer des mouvements supplémentaire au kata. Ou effectuer les « attaques » ou « blocages » complémentaires des mouvements du kata omote.

Autant dire qu’il y a du travail, et qu’il y en aura toujours 🙂
Et tant mieux, car c’est pour ça que l’on va au dojo.
La pratique apportant tellement d’enthousiasme, ce serait bien triste d’arriver un jour au bout du chemin.

 

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