Le choix du Karate Do Shinjukaï

Shinjukai karatedo3 copier2

Cet article a pour but de présenter un peu mes réflexions concernant le choix que je fais de nommer dorénavant ma pratique et celle de mes élèves, Shinjukaï Karate Do

 

Evolution du Karaté

Après 20 ans de pratique dont 10 ans à aller chercher des choses à droite et à gauche. Après avoir vu l’évolution des arts martiaux et du karaté, et surtout la manière dont ils sont gérés, développés, et cadenassés par les fédérations et le ministère des sports. Je ne me retrouve plus dans le karaté pratiqué par le plus grand nombre aujourd’hui.

Pas satisfait de l’évolution actuelle du karaté, je trouve bien souvent la partie « traditionnelle » trop figée, et la partie sportive beaucoup trop éloignée de la pratique martiale. De plus cette partie sportive prend à mon sens beaucoup trop d’importance aujourd’hui dans les fédérations nationales. C’est le cas dans la plupart des disciplines, judo, karaté, taekwondo… tout comme en escrime, en lutte, ou en sambo par exemple. Et cela se fait à mon avis au détriment de la technique, et du développement des pratiquants qui se retrouvent souvent enfermés dans leurs formes sportives et ne passent jamais de l’autre coté de la barrière. Ils arrêtent donc trop souvent de pratiquer une fois la période sportive terminée.

 

Du mal à trouver sa place

Même si je ressens tout cela depuis plusieurs années, je n’envisageais pas de faire autre chose que le Karaté que l’on m’avais enseigné et que je pratiquais jusque là. C’est vrai que j’ai toujours eu du mal à dire que je faisais du karaté shotokan, car même si c’est ma base, cela fait bien longtemps que j’ai l’impression de faire du shotokan différemment. Notamment car j’ai participé à des stages dans de nombreux styles et disciplines et que j’essaie toujours d’en ressortir quelque chose. Du coup, j’avais pris l’habitude de ne jamais dire le style de karaté que je pratiquais. Je faisais du karaté, et puis c’est tout.

Mais le vrai déclencheur eu lieu il y a près de deux ans. Je donnais un stage et à la fin du cours, 2 personnes m’ont dit :

Ce que tu fais, c’est pas du karaté.

Je ne sais pas si c’est réellement ce qu’ils pensaient, si ce sont leurs « œillères » qui les bloquaient, ou si c’était juste pour se taper le jeune prof de 28 ans. Dans tous les cas, j’ai pris conscience que ce que je proposais comme travail ne collait pas forcement avec ce que les gens attendaient.

Cette même année, j’ai comme chaque saison participé à de nombreux stages. Mais plusieurs fois je ne me suis pas senti à ma place, mal à l’aise. On me demandait de faire des choses quasiment opposées à ce que je crois aujourd’hui. Je l’ai fait, mais je ne prenais pas de plaisir à travailler dans cette direction. L’épanouissement personnel étant à mon sens un des objectifs premiers de la pratique, j’étais là dans une impasse. Ma pratique avait tellement changé que j’avais du mal à me situer dans la pratique du karaté d’aujourd’hui.

 

Pourquoi donner un nom à sa pratique ?

Pendant de longues années, je n’ai pas compris pourquoi il y avait tant de styles et d’écoles différentes dans les arts martiaux. Je pensais que c’était avant tout une question d’égo de la part de leurs fondateurs. Si c’est certainement le cas pour quelques pratiquants, pour beaucoup d’autres il s’agit en fait d’un acte purement réfléchi. Vu le parcours et l’expérience de beaucoup d’entre eux, je dirais même que cela est inévitable, et même nécessaire à leur développement personnel, et à celui des arts martiaux en général.  Aujourd’hui, avec plus d’expérience et de recul, je comprends mieux tout cela. Et je le comprends d’autant plus depuis que je suis l’école Kishinkaï Aïkido. En effet, je l’ai choisie car j’adhère à ses principes, et qu’elle me donne les clés dont j’avais besoin pour améliorer ma pratique dans la direction que je souhaitais.

Et si le nom Kishinkaï n’avait pas fait son apparition, est-ce que le travail et la vision de Léo Tamaki seraient autant développés aujourd’hui ? Et par extension, est-ce que cela m’aurait autant fait évoluer ? Je ne pense pas. D’ailleurs, dans ma pratique du karaté shotokan, même si j’ai un fort intérêt pour le travail de personnes comme Mikio Yahara ou Tetsuhiko Asaï qui ont chacun développé leur propre pratique, j’ai toujours suivi la lignée du travail de Taiji Kase, et c’est en fait exactement la même chose.

Contrairement à ce que je pensais autrefois, il est difficile et naïf de croire que l’on peut juste être budoka. Il y a bien trop d’oppositions, de critiques, voir d’exclusion faites naturellement entre les disciplines par le plus grand nombre, souvent mal formé et/ou mal informé. En tant que pratiquant, nous avons besoin de nous identifier à quelque chose, de connaître notre base, les inspirations qui s’y ajoutent, notre direction.

Ma base est le karaté shotokan, auquel s’ajoute du jujutsu dont l’inspiration principale est aujourd’hui l’aïkido kishinkai. En nommant ma pratique, je ne fais que mettre un nom sur la direction que j’ai choisie. Sans cela, je serais tout de même un budoka qui continuerait d’avancer. Mais sans connaître le nom de l’endroit où l’on veut aller, on risque parfois de se perdre. Je ne fais donc que baliser le chemin pour tous ceux qui adhéreront à ma pratique.

Je suis conscient que cela va engendrer des critiques. Mais qu’importe puisque ceux qui critiquent sont généralement ceux qui ne partagent pas ma vision du Budo. Ai-je raison de prendre cette décision aujourd’hui ? Le temps me le dira. Dans tous les cas, tant que je m’épanouis dans ma pratique et qu’en la transmettant je participe à l’évolution de mes élèves, je serai satisfait.

 

Ma pratique

Karateka au départ et persuadé qu’il y a du bon dans toute pratique, j’ai depuis 2004 pris le temps de m’intéresser à d’autres disciplines dans le but d’augmenter mes connaissances martiales, et de compléter et d’améliorer ma pratique.

L’année dernière je donnais des cours de karaté shotokan, et de boxe pieds poings dans un dojo, des cours de jujutsu dans un autre. Et chaque mois, un stage de self-défense. Chacun des élèves avait l’impression de faire un cours de la discipline qu’il avait choisie, mais pour moi, il n’y avait pas vraiment de différence. J’enseignais juste mon Karaté à moi, enrichi de mes années de recherches dans diverses directions. Et les élèves qui ont pu me suivre sur  différents cours, ont d’eux même vu les similitudes et la complémentarité de chacun de ces « thèmes » de travail.

J’ai également eu la chance d’avoir en stage des gens venus de différents styles de Karate, mais aussi de l’Aïkido, du Judo, Jujutsu, Taekwondo, Yoseikan Budo, et même du Jujitsu Brésilien. Et ils ont tous trouvé des liens plus ou moins directs avec leur pratique. Tout cela m’a confirmé l’idée que je m’étais construit une pratique qui m’était propre.

Pour mes élèves et moi-même, notre pratique est aujourd’hui très différente de celles des autres clubs de Karaté. Alors que beaucoup recherchent avant tout la vitesse et la puissance (par le biais des qualités physiques généralement), au dojo nous privilégions une utilisation différente du corps, la souplesse et la fluidité, la pureté technique, le ressenti et l’adaptabilité. Cela devrait nous permettre de pratiquer et de progresser à tout âge, et c’est pour moi quelque chose d’essentiel dans les arts martiaux. Lorsque dans beaucoup de clubs de Karaté la pratique est basée essentiellement sur les frappes et les blocages, avec parfois et pour certains quelques clés et balayages, j’ai fait le choix d’une pratique plus libre, sans barrière, où tout peut et doit être évoqué et travaillé. Blocages et parades, frappes, projections, clés, contrôles, chutes, déplacements et esquives, armes, tout le fruit d’années de pratique et de recherche au service de l’évolution de ma pratique d’aujourd’hui.

Si je ne veux pas borner ma pratique, c’est simplement que tout cela m’intéresse. Il s’agit d’une vision globale où chaque segment est complémentaire et en lien direct avec le reste de la pratique. De plus, je crois que tout ce qui est fait avec réflexion et conscience a forcement un intérêt. Pour quelques-uns, ce n’est peut-être plus vraiment du karaté, mais c’est devenu le mien.

Alors il est vrai qu’aujourd’hui les gens pratiquent moins régulièrement et avec moins d’intérêt et d’intensité qu’auparavant. C’est indéniable. Alors peut-on se permettre d’enseigner, et de vouloir que les élèves développent tous ces secteurs d’activité ? Comme je l’ai dit précédemment, je ne veux négliger aucune partie du travail, car je reste persuadé que cela sera bénéfique à tous, enseignant comme élèves, tant pour évoluer dans sa pratique martiale et aboutir à une réelle efficacité, que pour notre épanouissement en tant qu’être humain. Négliger cela et rester figé dans le travail que je faisais il y a quelques années reviendrait à mon sens à niveler par le bas le niveau des pratiquants. C’est bien souvent ce que je reproche aux fédérations notamment, donc je ne vais pas choisir la facilité. Alors bien sûr, pour les élèves c’est un chemin long et fastidieux qui en repoussera un certain nombre. Mais d’autre part, ces choix font aussi que quelques-uns poussent et pousseront la porte du dojo justement parce qu’ici, on pratique dans cette direction.

 

Shinjukaï Karate Do

Lorsque j’ai commencé à réfléchir à un nom pour notre pratique, plusieurs éléments me sont venus naturellement. Par contre,  j’ai longuement hésité entre les termes Budo et Karate Do. Budo étant plus ouvert, j’ai tout de même fait le choix de garder le mot Karaté car c’est de là que je viens. C’est ma base, et j’ai toujours mis en avant que dans le Karaté Do il y avait tout. Et comme j’essaie de le faire depuis de nombreuses années, il suffit de travailler et d’avoir un esprit ouvert pour le faire ressortir. Cette ouverture d’esprit peut d’une certaine façon être traduite par Shinju. Autre chose que je voulais mettre en avant, c’est l’utilisation d’un corps souple, sans utilisation de force ou de toute contraction inutile, ce qui peut aussi être extrapolé dans le terme Shinju.

SHINJUKAÏ
On peut appartenir ou interagir avec un groupe, c’est le KAÏ
Tout en étant souple, libre, tolérant, c’est le JU
Tant dans sa tête que dans son corps, c’est le SHIN

Publicités

6 commentaires

  1. Bravo pour ton article.
    Pour ma part je n ai pas attendu ce nouveau nom pour constaté que ton enseignement est différent et m apporte beaucoup dans ma pratique du karaté et des autres disciplines associées.
    Merci pour ton investissement et ta pédagogie.
    Je m épanouie au sein du dojo.
    Merci pour tout.
    Marc K

    J'aime

    • Merci Marc,
      Tu es arrivé d’un autre style, et tu m’as fait confiance. Aujourd’hui tu es un pratiquant assidu que je vois évoluer à mes coté. J’en suis heureux.
      Ce n’ai qu’un juste retour des choses que je m’investisse pour quelqu’un d’impliqués comme tu l’es.
      C’est aussi grâce à des gens comme toi que je peux continuer mon chemin et m’épanouir avec vous dans la direction qui me/nous convient.
      Alors merci à toi également

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s