La forme et l’état d’esprit, un passage obligé vers le fond

La forme, c’est le fond qui remonte à la surface.
Victor Hugo

Si ce n’est pas un objectif que de mouler et caricaturer les élèves, et encore moins les enfants, pour en faire des « machines » ; l’état d’esprit et la capacité de concentration sont nécessaires à la mise en place de toutes les formes « extérieures » qui est une étape que je juge indispensable pour ceux qui voudront exceller dans un domaine. Et à voir ces enfants et la petite Takano Mahiro, je pense qu’ils sont sur le bon chemin. En tout cas, ils ont maintenant réellement les moyens de devenir compétents s’ils souhaitent persévérer et découvrir la beauté du Budo.

Certainement qu’ils ne continueront pas tous à pratiquer.
Mais est-ce que la moyenne des abandons sera supérieure à celle de chez nous?
Certainement que les entraînements ne sont pas très ludiques et amusants.
Mais est-ce que c’est ce que l’on doit attendre de son professeur d’arts martiaux ?
A l’heure où l’on développe bon nombre de formules soit disant plus ludiques, fun, pédagogiquement favorisantes et autre psycho-machin… Venant d’une terre de rugby, je me pose souvent la question suivant :

Ne serait-on pas en train d’oublier les fondamentaux ???

Au Japon, on porte beaucoup d’intérêt à cette forme extérieure, alors que nous pas vraiment.
Un japonais pourra presque être plus touché par la manière dont un cadeau sera emballé et lui sera remis, que par le présent en lui-même. Impensable pour un occidental. J’ai même déjà vu un enfant (pas si jeune) déchirer un papier cadeau sans même faire attention à ce que celui-ci avait été choisi exprès pour lui, puis jeter le cadeau par terre car ce n’était apparemment pas le jeu vidéo qu’il souhaitait.

C’est donc finalement logique que les japonais soient toujours un cran au-dessus quand il s’agit de démontrer les katas. Quelle que soit l’école ou la fédération d’ailleurs. On pourrait donc presque « se consoler un peu » en disant que s’ils sont meilleurs, c’est finalement culturel. Car leur culture leur demande d’aller au fond des choses alors que la notre nous encourage à survoler un peu (trop).

Ainsi, il n’est pas étonnant de trouver des erreurs de base chez les candidats au shodan. Comme il n’est pas étonnant non plus de les retrouver plus tard au 4ème ou 5ème dan.

Notre société actuelle qui veut tout vite, oublie parfois qu’il y a des étapes. Et même si je pense que ces étapes peuvent évidemment se développer en parallèle, je crois qu’il y a des passages obligés.

Dans les arts martiaux, on a tendance à vouloir immédiatement tester telle ou telle chose en combat. Mais c’est oublier qu’il y a des passages obligés par la forme et le corps. C’est d’ailleurs ce que l’on peut reprocher à certains enseignants ou disciplines qui voulant être plus attractifs ou clientélistes, zappent souvent l’étape de forme (peu appréciée des débutants) en voulant immédiatement faire de l’applicatif (qui laisse croire qu’on maîtrise telle ou telle chose). Cela plait donc aux gens, mais n’en fera jamais des personnes réellement compétentes à mon sens. Et comme j’aime à le dire:

Il y a pire que de ne pas savoir, c’est croire que l’on sait.

(Rien à voir avec l’article, mais je comprend que certains puissent faire cela, puisque de toute façon la grande majorité des élèves ne s’entraîneront que quelques mois ou années. Il est alors facile de se laisser tenter par autre chose qui attirera les foules, et les euros qui vont avec. Après, c’est une question de choix personnel.)

Il y a pour moi, 5 temps indispensables au bon développement de notre pratique martiale.

1/ Apprendre les étapes d’une bonne forme technique. Ce qui permet à l’esprit de se les approprier.

2/ Répéter ces formes. Ce qui permet au corps de les approprier. On commence ainsi à mettre en place les fondations et créer du « fond » à notre pratique

Sans ces 2 étapes, on ne fera finalement que du mime.

3/ Affiner et améliorer les détails. C’est là que le « fond » de notre pratique se façonne et prend du sens

4/ Répéter les formes améliorées et affinées, afin que le corps finisse son assimilation.

Des temps pour améliorer, des temps pour répéter, des temps pour essayer. Tout cela est indispensable à mon sens.

5/ La mise en application. Voir ce qui ressort de notre travail. Et là, le fond prend le pas sur la forme.

Dans les étapes 1 et 2, seule la forme est mise en avant

Dans les étapes 3 et 4, le fond prend de l’importance.

Dans l’étape 5, seul le fond compte.
Est-ce que j’ai été touché ? Est-ce que j’ai touché l’autre ? Est-ce que j’ai réussi à m’adapter ? Est-ce qu’il m’aurait blessé ? Est-ce que je l’aurais mis hors d’état de nuire ?

Si l’on compare ces 5 étapes aux étapes classiques de l’apprentissage Shu Ha Ri, je dirais que les étapes 1 à 4 prennent une part croissante au fur et à mesure que l’on avance dans le Shu. Au début, il n’y a que les 2 premières étapes. Puis la 3ème, puis la 4ème, et c’est finalement cette dernière qui prend l’avantage.

Dans la phase Ha, on commence à chercher ailleurs. On remet certaines choses en question et on teste. Donc il y a un peu de 1 – 2 et 3 qui reviennent suite à la découverte de nouvelles choses, mais surtout on commence aussi à y ajouter l’étape 5.

Enfin, pour le Ri, nos choix et nos techniques sont assumés et peaufinés. Il n’y a quasiment plus que le 5 qui existe.

Bien sûr, cela n’est qu’une indication grossière. Et dans la réalité des choses, je pense qu’il est bon de faire coexister ces 5 étapes. Il ne faut pas attendre d’avoir des formes « parfaites » pour les mettre en application. Et il ne faut pas non plus oublier les formes de base et les petits détails. Car c’est ce qui fera toujours la différence, et c’est grâce à cela que l’on se construit. Ainsi, on ne s’écartera pas trop du chemin et l’on continuera naturellement sa route et sa progression.

Que l’on veuille une maison basique, ou construite par le plus grand architecte, il y a une chose qui ne changera pas, les fondations. Qu’importe la qualité des matériaux, qu’importe la qualité des ouvriers, qu’importe le côté design, si les fondations sont ratées, cela finira toujours par un problème.
Dans notre cas, ce problème se traduit généralement par un poing dans la G*****. Aïe !

La forme crée du fond. Le fond créera de nouvelles formes. La forme et le fond sont toujours liés. L’état d’esprit nécessaire dans la pratique et le traditionnel salut des arts martiaux sont d’ailleurs toujours là pour nous le rappeler.

Mokutso
Le salut, de la forme et du fond

Prenons garde, tout ne peut pas être un jeu sans importance, même si c’est parfois ce vers quoi l’on tend. Ceci est valable je pense pour les arts martiaux, comme dans tous les domaines de la vie.
Plaçons de l’intérêt dans chaque chose, sinon mieux vaut ne rien faire.
Et si on fait quelque chose, alors faisons le correctement. Avec intérêt, attention, intention, et en donnant le meilleur de soi. C’est respecter son entourage, ses partenaires, et se respecter soi-même.
Il faut également donner du temps au temps. Laisser les choses évoluer à leurs rythmes. Ne négliger aucune étape. Les faire coexister. Continuer à tester, à chercher. Et revenir régulièrement aux fondamentaux pour s’assurer qu’ils sont toujours là, présents au fond de nous.
Ainsi les fondations resteront solides. Les formes seront là, et pourront laisser le fond s’exprimer pleinement.

Et ce sera un vrai plaisir pour vous… et pour vos partenaires.
Oui oui, aussi pour les partenaires. Car je suis sûr que comme moi, vous avez déjà été confronté à ces partenaires (pourtant non débutants) qui ont des formes tellement « pourries », ou qui ne sont tellement pas impliqués, qu’il est impossible de travailler avec eux l’exercice demandé par l’enseignant.
(Ah, tu souris, à toi aussi cela t’est arrivé alors, ahahah)

Tous dans le même bateau.

On travaille ensemble, on progresse ensemble !

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