Choisit-on vraiment son enseignant ?

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Une citation célèbre dit :

Quand l’élève est prêt, le maître apparaît.

Alors, est-ce l’élève qui choisit son enseignant ? Ou est-ce l’inverse ?

Choisit-on vraiment son enseignant ?

Cette question est je pense étroitement liée à d’autres :

  • Pourquoi vient-on à la rencontre d’une structure, d’un enseignant ?
  • Pourquoi reste-t-on dans cette structure, avec cet enseignant ?
  • Pourquoi change-t-on  pour une autre structure / un autre enseignant ?

Pour réfléchir à cela je vous propose de commencer par se poser d’autres questions.

Pourquoi va-t-on se faire opérer par tel médecin ?

Souvent parce qu’il m’a été conseillé (par un ami, un médecin), qu’il est reconnu (par les autres médecins), qu’il est bon (il a eu de très bons résultats sur ses patients, et il n’oubliera pas de scalpel dans mon ventre).
Je ne choisis pas le chirurgien qui va m’ouvrir le ventre, pour son côté sympa, sa charmante secrétaire, la musique de la salle d’attente, ou la déco de son cabinet. Je ne le choisis pas non plus parce qu’il pourra m’opérer le jeudi. Et je suis même d’accord pour payer des dépassements d’honoraires pour être entre ses mains plutôt que celles d’un autre. Effectivement, tous les petits plus sont toujours appréciables, mais c’est avant tout pour ses qualités de médecin que je l’ai choisi.
L’endroit, l’ambiance, le jour, le prix ne représentent que des petites choses à côté de la compétence médicale que je viens chercher.

Pourquoi va-t-on manger dans tel restaurant ?

Souvent parce qu’il m’a été conseillé (par un ami, un guide), qu’il est reconnu (par son chef), qu’il est bon (on y mange de bons produits, bien cuisinés).
La chose numéro un que l’on va chercher dans un restaurant, c’est bien manger.
Si j’en ressors malade, je n’en serais pas satisfait. Même si le repas était à 3 euros car le mardi c’est presque gratuit, que l’on m’a offert un collier de fleurs à mon arrivée, que j’adore la couleur de la nappe et la vue sur le lac, que le repas a été entrecoupé d’un magnifique numéro de magie.
Encore une fois, les petits plus sont toujours appréciables, mais je vais au restaurant pour manger.
L’endroit, l’ambiance, le jour, le prix sont bien moins importants que la qualité de ce que je vais manger.

Pourquoi va-t-on voir tel film ?

Souvent parce qu’il m’a été conseillé (par des amis, la bande annonce), qu’il est reconnu (par les critiques), qu’il est bon (il me plait, il m’a bien diverti).
Peu importe qu’il soit diffusé dans un cinéma Pathé ou UGC. Peu importe d’être dans la grande salle verte ou la petite salle bleue. Peu importe que ce soit la fête du cinéma et le sourire de la caissière. Tout cela reste encore et toujours des plus appréciables, mais j’y vais avant tout pour voir un bon film.

Pourquoi va-t-on faire ses études dans telle université ?

Souvent parce qu’elle m’a été conseillée (par des étudiants, des professeurs), qu’elle est reconnue (pour ses formations, ses enseignants, sa recherche), que c’est une bonne université (elle va bien me former).
La qualité des tables, les soirées étudiantes, les horaires de cours, le prix de l’inscription sont peu de choses à côté de la qualité de la formation que je viens chercher pour pouvoir ensuite trouver du travail.

Vous êtes d’accord ???

Alors pourquoi n’en est-il pas de même pour choisir son enseignant d’arts martiaux ???

Peut-être parce que beaucoup ne viennent malheureusement pas vraiment au dojo pour l’enseignement des arts martiaux. Du moins, au départ.

Pourquoi vient-on à la rencontre d’une structure, d’un enseignant ?

On commence souvent la pratique juste pour faire une activité, ou pour une raison particulière (santé, self défense, besoin de voir du monde). Mais si tout le monde choisit le film qu’il va voir, l’université où il veut étudier, le médecin qui va l’opérer, et le restaurant où il va manger ; je crois que peu d’entre nous choisissent vraiment leur enseignant.

  • Je ne vais pas aller là, il n’y a pas de tatamis.
  • Je ne vais pas aller là, le prof est jeune/vieux.
  • Je ne vais pas aller là, le prof n’est que 2ème dan.
  • Je ne vais pas aller là, ils sont à telle fédération.
  • Je ne vais pas aller là, la salle et les vestiaires sont trop petits.
  • Je ne vais pas aller là, c’est trop loin de chez moi.
  • Je ne vais pas aller là, les horaires ne me vont pas.
  • Je ne vais pas aller là, ils ne font pas de soirée de noël et de sortie de fin d’année.
  • Je ne vais pas aller là, ils ne sont pas très drôles.

Et on pourrait donner encore d’autres exemples, mais vous l’aurez bien compris, ce ne sont certainement pas les choses les plus importantes à mettre en avant lorsque l’on choisit un enseignant.
Et pourtant soyons francs, je pense que la quasi-totalité des pratiquants ont « choisi » leur enseignant ainsi ; et non sur ses propres qualités, et encore moins sur les qualités qu’il est susceptible de créer chez nous.

Car l’essentiel est bien là. Mon enseignant est là pour me guider dans mon évolution dans ma pratique. Et bien souvent cela aura également des répercutions sur ma personnalité, ma santé, mon comportement, ma vie de tous les jours. Ce qui a une importance non négligeable.

  • Si c’est un beau dojo que je veux, c’est un architecte qu’il me faut, pas un enseignant d’arts martiaux.
  • Si je veux rigoler, c’est un comédien qu’il me faut, pas un enseignant d’arts martiaux.
  • Si je veux des soirées cools, c’est un chargé d’événementiel qu’il me faut, pas un enseignant d’arts martiaux.
  • Si je veux quelqu’un de disponible le jour que je veux, à l’heure qui me plait, c’est un esclave que je cherche, pas un enseignant d’arts martiaux.
  • Si c’est un grand espace que je veux, c’est de la randonnée que je dois faire, pas des arts martiaux.
  • Si c’est un haut gradé de telle fédération que je cherche, c’est peut-être l’orgueil et le fait d’être reconnu que je veux mettre en avant, pas la qualité de l’enseignement que je peux recevoir.

Qu’il soit jeune ou vieux, peu importe, l’important est la qualité de son travail, de ce qu’il connaît, et surtout de ce qu’il va pouvoir me transmettre et me faire découvrir.

Tout ceci n’est qu’une question de choix, mais on ne peut pas tout vouloir/avoir.

Cette réflexion n’est pas là pour faire culpabiliser qui que ce soit, ou critiquer tel comportement. Elle est juste là pour, peut-être, nous faire nous rendre compte, nous faire réfléchir sur nos souhaits, et nos choix passés et futurs.

Il est tout à fait compréhensible que l’on choisisse une activité en fonction de sa localisation,  des jours et horaires qui nous correspondent.
Il est aussi compréhensible que l’on veuille un grand et beau dojo avec de l’espace, des belles douches, et un club house pour profiter de son activité.
Il est compréhensible que l’on veuille un professeur 6ème ou 7ème dan de la plus grande fédération puisque cela semble être gage de sa qualité (de pratiquant, pas forcément d’enseignant, et surtout pas forcément d’enseignant POUR MOI).
Il est tout à fait normal de vouloir aussi une ambiance chaleureuse.

Néanmoins, il faut être conscient de ce que l’on veut mettre en avant, la pratique ou les à-côtés. Car bien souvent, on ne choisit pas notre enseignant (surtout le premier), mais celui-ci est plutôt une conséquence de la structure à laquelle nous adhérons.

Groupe
J’ai eu la chance de pratiquer dès le début dans une bonne ambiance, un beau dojo, et avec des professeurs comme Noël Carrère et Sylvain Queyroi.

Pourquoi reste-t-on dans cette structure, avec cet enseignant ?

Si l’on commence généralement la pratique des arts martiaux pour une raison, c’est souvent des raisons tout autres que l’on continuera. Et d’autres raisons qui feront que l’on continuera ici, ou là.

Bien sûr, le lieu et les horaires seront toujours bien souvent prépondérants. Tout comme l’ambiance et les relations d’amitiés qui peuvent se créer entre pratiquants auront aussi une grande importance dans le fait que l’on restera dans une structure.
Parallèlement,  la taille du dojo, les vestiaires, le groupement ou la fédération d’affiliation, le diplôme et le grade du professeur auront eux, beaucoup moins d’importance.
Par contre, si comme nous l’avons vu, le choix de l’enseignant n’est que rarement prépondérant dans le fait que je commence, ce même enseignant aura bien plus d’impact sur le fait que l’on continuera à ses côtés.

Continuer auprès de l’enseignant qui nous a fait débuter, nous a formé, nous a parfois beaucoup donné est une chose tout à fait louable.
Cependant, la question que l’on devrait se poser est de savoir si ce même enseignant est toujours celui qui me fera passer au niveau supérieur.

  • Peut-être que son travail a évolué ?
  • Les principes de travail ne sont peut-être plus les mêmes ?
  • La pratique est devenue plus physique, ou plus technique ? …
  • Peut-être que la pratique qui me plait n’est plus la même ?
  • Peut être que la pratique, ou les pratiquants découverts lors de stages m’intéressent beaucoup ?
  • L’esprit du dojo a pu changer ?
  • Peut-être qu’une blessure ou des problèmes de santé font que je ne peux plus pratiquer comme avant ?
  • Peut-être que j’aspire à du renouveau pour évoluer ?

De nombreuses choses qui font qu’il est peut-être temps pour moi de changer d’enseignant. Ou plutôt je dirais, de continuer avec un autre enseignant.
Car notre premier enseignant sera toujours celui qui nous aura fait débuter, celui qui nous aura permis de faire une partie du chemin. Et il faut lui être reconnaissant pour cela, et ne pas l’oublier. Il a posé les premières pierres, et toute sa vie on le remerciera pour cela.
Par contre, ce n’est pas lui manquer de respect que de continuer sa route sur un chemin différent du sien.

Continuer son chemin et évoluer auprès de nouveaux enseignants

Pourquoi change-t-on  pour une autre structure / un autre enseignant ?

Je ne prends pas ici en considération les aléas de la vie, comme un déménagement, un changement d’emploi, etc … qui font que nous pouvons à un moment ou un autre être obligé de changer de structure et d’enseignant pour continuer à pratiquer. Nous allons plutôt nous intéresser à un choix volontaire et non subit de changement.

A mon sens, la chose numéro un qui fait que l’on changera volontairement d’enseignant est la pratique. SA pratique (celle de l’enseignant). Celle qui nous plait, nous attire, nous intéresse. Le reste, le lieu, le dojo, les horaires, l’ambiance, etc, seront toujours un plus mais auront beaucoup moins d’importance que l’enseignement en lui-même.

Personnellement je parcours quasiment chaque semaine de nombreux kilomètres pour aller recevoir l’enseignement de ceux que je choisis et qui je pense pourront me faire évoluer. Et cela quelque soit le prix, le temps, la fatigue, la beauté du dojo, etc…

Mais mon exemple n’est que peu de chose à côté de celui de mon ami Alexandre Grzegorczyk, pratiquant de Yoseikan Budo à Brive, qui il y a quelques années a décidé de s’éloigner de sa compagne, déménager en région parisienne, et faire trois heures de transport aller-retour trois fois par semaine pour  recevoir l’enseignement de l’aïkido de Léo Tamaki. Ce qui ne l’empêche pas d’échanger toujours régulièrement avec son ancien professeur de Brive.

Lorsque l’on fait construire une maison, un artisan fait les fondations. Parfois les murs. Mais rarement, le même homme fera la charpente, l’intérieur de la maison, et la décoration.
Dire au maçon que l’on va prendre un charpentier pour le toit, ne remet en cause, ni la qualité de son travail, ni sa personne. Les choses ont juste évolué, les attentes ne sont plus les mêmes. On remercie alors le maçon pour ce qu’il a fait, et peut-être même que nous ferons de nouveau appel à lui pour nos amis ou nos enfants, mais maintenant, pour notre toiture et la décoration, on demandera à d’autres personnes.

Je pense que cela parait normal pour chacun.
Alors pourquoi avoir l’impression de trahir son enseignant en allant pratiquer ailleurs ?

Je sais que certains enseignants peuvent le prendre ainsi. Et c’est vraiment dommage. Car c’est aussi ce genre de comportement qui entretient le « système », et qui fait qu’il y a, à mon sens, une baisse du niveau global, et du nombre de pratiquants passionnés. Mais pour ma part je ne trouve pas cela normal. On ne peut pas avoir le même professeur au primaire, au collège, au lycée, à l’université. Peut-être qu’au départ on préférait un travail sportif, et maintenant on aime une pratique plus traditionnelle, et demain on préférera une pratique plus souple… On choisira donc logiquement les enseignants qui nous guideront dans le domaine qui nous intéresse et nous fera évoluer à un instant T dans la direction qui nous plait. Personnellement, je suis content quand des élèves trouvent leur voie. Comme je suis heureux de voir leur progression. Et j’espère que tous continueront à travailler dans la direction qui les intéressent, progresseront encore et encore, et atteindront au final, un niveau bien supérieur au mien. C’est ainsi qu’en tant qu’enseignant je serais fier du travail accompli. Que j’ai planté la graine, jardiné les premières pousses, guidé les branches, j’aurais participé à l’évolution d’un arbre fort, d’un budoka et d’un adulte accompli.

Les élèves n’appartiennent pas au professeur. Ils ne sont que de passage. Il ne faut pas vouloir les garder, mais vouloir les voir évoluer. Un temps près de nous, puis ailleurs. C’est un cycle normal, certains partent, d’autres arrivent. L’important est que chacun, élève comme enseignant, évolue. Et entre élève et enseignant, loin des yeux ne signifie pas forcément loin du cœur.

noel et moi
Le plaisir de travailler avec son professeur lors d’un stage. Car ça reste toujours notre professeur. Même si l’on a choisi de sauter du nid et que l’on ne s’entraîne plus régulièrement avec lui

En conclusion

Alors, est-ce l’élève qui choisit son enseignant ? Ou est-ce l’inverse ?

Certainement un peu des deux.
Quoi qu’on en dise, il y a une relation de réciprocité qui s’instaure entre un enseignant et son élève. Car pour que cette relation soit réellement profitable, je crois que l’élève doit faire confiance à 200% à son enseignant (ce qui n’est possible que si c’est un vrai choix), et l’enseignant doit également se donner à 200% pour son élève (ce qui ne sera possible que si le professeur fait le choix de tout enseigner, sans rien cacher, sans peur de le voir partir, et avec certitude que tout ce qu’il lui transmettra le fera progresser).

Pour la majorité d’entre nous, nous n’avons pas réellement choisi notre (premier) enseignant, nous avons eu celui qui était près de chez nous à un moment donné.

Certains ont la chance de tomber immédiatement sur de « grands enseignants » d’un haut niveau technique, d’une grande pédagogie, d’une expérience importante, avec une vision de pratique qui leur correspondent et qui seront capables de bien les guider. D’autres débuteront avec un professeur « lambda ». Mais tous se retrouveront un jour face à eux-mêmes, et face à ce choix. Comme un jeune quittant le foyer de ses parents pour partir étudier son futur métier et construire sa vie d’adulte.

  • Dois-je changer d’enseignant ?
  • Dois-je en choisir un qui correspond plus à mes attentes du moment ?

Nous avons tous des vies différentes. Nous ferons tous des choix différents.
L’important est à mon sens de faire un choix pour soi, et en pleine conscience, pour que notre épanouissement et notre progression soient maximum.
Et n’oubliez pas, si votre enseignant est un guide indispensable, vos partenaires vous en apprendront également beaucoup. Mais un seul professeur vous suivra du début à la fin, et ce professeur, C’EST VOUS.

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S’épanouir dans sa pratique

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