Faut-il obligatoirement faire le Kiaï ?

Qu’est-ce que le Kiaï exactement ?

Sans trop rentrer dans les détails car cela n’est pas l’objet de cet article, le kiaï peut être considéré comme l’union des énergies. Il ne s’agit pas d’un cri de gorge, mais plutôt de la face sonore du kime exacerbé qui s’exprime généralement sous la forme d’un cri qui sort « naturellement » lorsque toutes nos énergies, tant physiques que mentales, sont concentrées dans un mouvement donné. Je n’aime pas trop le terme énergie qui laisse souvent entendre un coté un peu mystique alors qu’il n’y a pas de magie dans le kiaï. D’ailleurs, il n’y a pas que dans les arts martiaux que l’on rencontre le kiaï. Les tennismen ont leur kiai quand ils frappent la balle. Les haltérophiles ont le leur lorsqu’ils soulèvent la barre. Les lanceurs le font au moment où l’objet lancé quitte leur main…

Avantages du Kiaï

J’avoue qu’il y a des avantages à pratiquer le kiaï dans un cours.
Il permet un certain engagement, un certain courage même, lorsqu’il est fait avec conviction par le pratiquant.
Il est généralement source de motivation pour chacun, mais aussi pour le groupe dans son  ensemble, car en le faisant on appartient immédiatement au groupe faisant résonner le kiaï à l’unisson.
Tel un placebo, il peut même à lui seul nous faire passer un cap dans la pratique.
Et pour certaines personnes qui en ont besoin, cela peut aussi avoir un effet libérateur.

Certains pensent aussi que le kiaï peut servir à distraire l’adversaire. Mais ce n’est pas mon cas. Si cela pourrait être envisagé face à un novice, je ne crois pas que dans un « vrai combat » le kiaï puisse perturber un expert, ni même une personne lambda en pleine adrénaline.

Inconvénients du Kiaï

Malgré cela, le kiaï qui est généralement effectué sur un mouvement lorsque l’on veut y mettre plus d’intensité que sur les autres, pourra engendrer des défauts chez un pratiquant novice. Le problème est que chez un débutant, cette intensité va généralement être comprise comme l’utilisation de force physique, et donc de fortes contractions musculaires. Ce qui n’est ni la réalité du kiaï, ni un facteur d’efficacité.

Et malheureusement, lorsque cette habitude est prise, elle est très difficile à perdre.

De plus, un débutant devra bien souvent forcer son kiaï car ce dernier ne sortira pas « naturellement ». Et pour cause, il est débutant… il ne laissera donc pas les choses se faire « naturellement ». D’ailleurs, il suffit généralement de regarder sur Internet, ou de rentrer dans un dojo pour entendre de multiples sonorités de kiaï (ce qui n’est pas une erreur) mais surtout le fameux kiaï, littéralement exprimé, montrant ainsi que le pratiquant ne l’a pas du tout assimilé et compris.

Enfin, un autre inconvénient du kiaï, est qu’il met souvent en avant un mouvement. Comme si les autres étaient secondaires ou méritaient moins d’intention et d’intensité. Ce qui a mon sens est une erreur. Si l’on fait plusieurs mouvements, c’est que chacun est utile. A la limite, s’il ne devait y avoir qu’un seul kiaï, il faudrait plutôt l’effectuer sur le premier mouvement, lors de la prise de décision, et non à la fin. Car face à quelqu’un de compétent, si le premier mouvement ne réussit pas, l’adversaire ne nous laissera pas le temps d’en effectuer un second.

Mais est-ce que le kiaï est obligatoire ?

Généralement, lors d’un passage de grade ou d’une compétition, le kiaï est quasiment obligatoire. Lors des kata, l’oubli d’un kiaï est même considéré comme une grosse faute.

Cependant, en fonction des écoles et des styles, il est régulièrement observé des variantes sur le moment où l’on fait le kiaï dans les kata.

Mais alors quelle est la règle ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que ce que je vais dire est à prendre avec des pincettes car il s’agit juste d’une réflexion et d’observations personnelles.

Mais pour ma part, j’ai envie de dire qu’il n’y a pas de règle.

Si l’on admet le fait que le karaté était pratiqué initialement en cachette et la nuit. J’imagine mal les pratiquants pousser de gros kiaï, réduisant ainsi à néant leur discrétion. Et je pense donc qu’à l’origine il n’y avait pas vraiment de kiaï.

karate do kyohan

Deuxièmement, si l’on regarde dans le livre Karatedô Kyôhan de Gichin Funakoshi (texte fondateur du karatedo shotokan), il y est présenté plusieurs kata, et à aucun moment il n’est fait allusion au kiaï. (sauf dans les « notes pédagogiques » présentes dans les versions modernes)
Ce qui confirme donc l’hypothèse précédente.

Si je devais émettre une hypothèse sur l’apparition du kiaï, je pense qu’il est apparu (dans le sens d’intégré aux cours) plus tard, notamment pour mettre en avant les démonstrations de karaté.

Karate-ShuriCastle

En effet, à l’époque où le karaté se propageait, on alignait des dizaines et des dizaines de karateka pour les cours et démonstrations. Et durant les exercices, le groupe bougeait de manière parfaitement synchrone mettant alors en avant la rigueur et la discipline du karate. Lors de ces rassemblements, le kiaï poussé à l’unisson par l’ensemble des pratiquants faisait alors ressortir une certaine puissance, mettant une fois de plus en avant la discipline.

Enfin, le kiaï étant aussi un signal, permettant certainement de se « caler » au groupe lorsque plusieurs dizaines de pratiquants se retrouvaient pour pratiquer kihon, kata et kumite.

Faut-il faire le kiaï ?

Lorsque j’ai débuté le Karatedo Shotokan, le kiaï était de rigueur au dojo. Dès tout petit, on nous habituait à faire ce fameux « cri » du karaté. Lorsque j’ai commencé à enseigner, j’avais donc cette habitude.
Mais pour moi, les inconvénients énoncés plus haut pesant plus dans la balance que les avantages, j’ai donc assez vite fait le choix de ne pas « forcer » mes élèves à faire le kiaï.
Et aujourd’hui, je ne le demande même plus à mes élèves. Je n’en parle même pas. Hormis dans les kata, je leur dit où il sont généralement effectués, non pas pour qu’ils les fassent, mais juste pour qu’ils soient au courant.

Attention toutefois, une fois que la technique et l’utilisation du corps sont bien en place, le kiaï peut bien évidement avoir sa place dans la pratique du Budo.

Et si j’ai dit plus haut que le kiaï sort « naturellement », je ne veux pas dire qu’il ne s’éduque pas. Mais plutôt qu’il faut faire les choses dans l’ordre. Le kiaï est censé accompagner la technique et le kime. Il faut donc à mon sens d’abord appréhender la technique, puis le kime, avant de s’efforcer à vouloir effectuer un kiaï.

Mais ce n’est que mon avis 🙂

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