Dix questions à Germain Chamot

J’ai posé mes dix questions à Germain Chamot

germain chamot

Nom : CHAMOT
Prénom : Germain
Date de naissance : 20 mai 1986 à l’heure du thé
Discipline : Aïkido
Dojo : Centre Makoto – Valence
Site Internet : germainchamot.com
Tes senseï (d’avant et d’aujourd’hui) : mon père, Jean-Marc Chamot, Léo Tamaki, ainsi que de nombreux autres dont je ne puis me réclamer car je ne les ai pas suivi suffisamment longtemps.

Les 10 questions

1 – Pourquoi et quand as-tu débuté les arts martiaux ?

Cela dépend de ce qu’on entend par « arts martiaux » et par « débuter ». Mon père pratiquait et enseignait déjà avec passion lorsque je suis né et c’est naturellement que j’ai grandi dans cet univers un peu spécial. Par exemple, j’ai une photo de moi tenant un iaïto à l’âge de 3 ans.

Pour moi il y avait donc dès le départ une éducation par rapport à l’importance du corps et à la façon de bouger, de se tenir. Une attitude en somme. Mais cela ne s’est pas exprimé tout de suite par le biais des arts martiaux, j’ai pratiqué de nombreux sports avant. Bien sûr, comme beaucoup j’ai fait du judo enfant et j’ai adoré, mais ma rencontre avec l’aspect plus profond s’est faite à la fin de l’adolescence.

Pourquoi j’ai commencé ? Je ne sais pas trop. Contexte familial, envie « d’apprendre à se battre », de corriger ceux dont l’attitude me déplaisait, de rencontrer d’autres personnes, de lutter contre quelque chose…

2 – Pourquoi continuer?

Cette question me paraît très pertinente, car elle nous interroge sur notre capacité à nous nourrir d’un outil. En gros, on commence la pratique pour un cliché (devenir le plus fort par exemple) et on continue parce qu’on a trouvé quelque chose qui répond à notre problématique personnelle, qui est plus spécifique et unique.

Au début j’ai continué parce que ça me « résistait ». Je me lasse assez vite et j’ai tendance à investir très rapidement des sujets et à les lâcher aussi rapidement lorsqu’ils ne m’apportent plus autant que je le souhaite. Avec l’Aïkido ce processus a été plus long, donc j’ai été obligé de m’investir différemment. À un moment, je me suis quand même trouvé face à ces interrogations (continuer ou arrêter). Et j’ai réalisé que je continuais parce que j’avais besoin d’un outil, de quelque chose qui me tienne par l’intérieur, parce que j’ai envie d’exprimer mon potentiel. L’art martial est pour moi un moyen de l’existence.

3 – Les orientations de ta pratique ?

Si je fais des arts martiaux ce n’est pas parce que c’est beau ou spirituel (pour ces aspects d’autres disciplines semblent offrir des voies plus directes). Je pratique pour aborder le combat. Mon objectif principal c’est celui-là.

Maintenant, si je lis les anciens et que je leur porte crédit, je constate qu’à partir d’un certain âge ce but devient secondaire.

Donc mon second objectif est de réussir à façonner mon esprit par le biais du corps. Je suis certain pour l’avoir expérimenté à travers d’autres pratiques qu’à force de travailler le corps dans certaines directions l’esprit s’oriente de même. Il est plus facile d’agir sur l’esprit par le biais du corps, que de traiter l’esprit par le biais de l’esprit. Donc à ce titre je choisis une pratique physique qui correspond précisément à ce que je veux être. Être juste (au sens de justesse), gérer sans violence, aller à l’essentiel, être rapide sans être précipité, etc. Il s’agit de l’orientation de pratique proposée au Kishinkaï. Ce qui est agréable c’est que ces principes sont également utiles dans la vie quotidienne.

4 – Comment s’entraîner ?

C’est une difficulté que j’ai actuellement donc ma réponse sera limitée.

J’entends par entraînement, entraînement solitaire… Une de mes citations favorites est la suivante : “d’abord dites vous qui vous voudriez être, puis faites ce que vous avez à faire”. Rien de magique. On vise un objectif et on essaie de l’atteindre. Essai, erreur. L’écueil est de voir l’immensité du travail à accomplir et du coup de baisser les bras.

Confronté à ces difficultés, j’ai décidé de recommencer au début, c’est à dire par des choses simples.

Par exemple on peut commencer par le salut et s’entrainer à l’améliorer avec des critères très précis (légèreté, axe, pas d’appels, etc.). Ce geste simple étudié, on en ajoute d’autre, on les combine et on complexifie.

Je pense qu’il faut commencer petit et à son niveau.

5 – Comment enseigner ?

Je me suis longtemps demandé si ça s’enseignait les arts martiaux. À l’origine il s’agit de quelque chose de très personnel. Je pense que chacun devait se forger sa propre pratique pour survivre. Donc, à mon avis, l’accent était davantage mis sur apprendre (par soi-même) qu’enseigner. En somme, seul l’apprenant était responsable de son niveau.

Maintenant qu’on n’est plus dans un contexte où se battre pour survivre est nécessaire, l’investissement des élèves est autre et ce sont les professeurs qui vont faire la différence.

On dit souvent qu’on enseigne plus ce que l’on est que ce qu’on sait. Je trouve ça bateau. Je pense qu’il y a quand même des ficelles qu’il faut utiliser.

À mon sens, une bonne pédagogie ne se perçoit pas de prime abord. C’est logique : le but est d’amener des gens à faire des choses qu’ils ne pensent pas pouvoir faire. Les élèves ne doivent donc même pas se rendre compte qu’ils font face à des difficultés de plus en plus grandes. Cela doit être très graduel. Souvent on va trop vite au début et du coup le résultat final est mauvais et il faut recommencer tout le processus.

On enseigne aux autres comme on s’enseigne à soi-même : en y allant progressivement.

6 – L’évolution des arts martiaux ?

Je suis tiraillé entre deux extrêmes. D’une part, nos sociétés sont de plus en plus violentes (notamment avec les différents attentats qui ont touché l’Europe récemment). Donc le nombre de pratiquant pourrait augmenter. D’autre part, la notion de conflit armé est quand même très loin des préoccupations du quidam d’aujourd’hui. Nous sommes une société de loisir, de plaisir intense et immédiat. Les arts martiaux sont un peu l’opposé de cela et il est logique que le nombre de pratiquant diminue.

Enfin, par rapport à l’évolution générale je pense que le niveau technique augmente. On en sait davantage (notamment grâce au net), les techniques s’affinent. En revanche, l’esprit guerrier est peut-être moindre.

7 – Un enchaînement technique?

Ne pas être enchaîné à la technique.

8 – Une anecdote ?

La fois où, débutant, j’ai demandé à mon père de me montrer une technique que je pourrais employer. Il m’a dit : « donne moi un coup de poing ». J’ai répondu, un peu fier : « t’es sûr ? ». Il a acquiescé, j’ai voulu frapper et je me suis retrouvé stoppé net alors qu’il avait disparu. À ce moment là je me suis dit qu’il y avait une science du combat, avec des paramètres très précis à appliquer. C’est ça qui m’a donné envie, faire des mouvements puissants dans tous les sens ne m’intéressait pas.

9 – Un coup de gueule ?

Non. Une précision. Je pense que les arts martiaux sont au service du développement de l’individu avant d’être au service de la société. Il y a un ordre à respecter. Une personne équilibrée et heureuse dans ce qu’elle fait s’insérera harmonieusement dans la société. Mais pour cela il ne faut pas oublier que ce qui prime c’est soi-même. Il s’agit donc de se construire soi, de faire les techniques siennes.

Il ne s’agit pas de pratiquer pour faire plaisir au prof, pour avoir des grades ou des diplômes. Je pense qu’on l’oublie trop souvent. Il me semble que le regard des autres n’a jamais rendu quelqu’un heureux, au sens profond.

Malheureusement, souvent, on commence pour les aspects profonds de la pratique et on finit par se perdre dans la course au grades et à la reconnaissance.

10 – Le futur ?

Il faut l’écrire. Il faut essayer de faire mieux que nos anciens, sans pour autant se penser supérieurs. Nous avons un outil qui est de plus en plus éloigné des préoccupations actuelles et qui paradoxalement apporterait beaucoup à l’homme du 21e siècle. Je pense qu’on a une forme de responsabilité pour en faire quelque chose de valable qui ne sombre pas dans l’oubli. Cela nécessite de voir un peu plus loin que notre confort immédiat.

Un grand merci Germain pour tes réponses.

Merci Nicolas d’avoir proposé cet exercice !

Vous pouvez retrouver tous ceux qui ont accepté de répondre à mes dix questions sur la page Les 10 questions

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