Mon entretien martial pour Ronin Martial Production

En février 2021, j’ai eu plaisir à répondre aux questions de Julien Boucher de Ronin Martial Production. J’avais complétement oublié d’en parler ici donc voici l’interview en question.
Vous pouvez également retrouvez ici plusieurs interviews de pratiquants de tous les horizons.
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Julien Boucher : Pouvez-vous vous présenter ?

Nicolas Lorber : Je suis né en 1985, j’ai 35 ans et j’enseigne dans mon dojo à Libourne, en Gironde.

Racontez-nous vos débuts dans le monde des arts martiaux. Comment êtes vous arrivé à la pratique des arts martiaux ? Par quel art ? Maître ? Dojo ?

Aussi loin que je me souvienne, je voulais faire du Karaté. Pourquoi, je ne sais pas, mais j’ai demandé à mes parents de m’inscrire au Karaté. Ma mère avait une image plutôt violente du Karaté du coup à 6 ans elle m’a inscrit au Judo (rire). J’aimais le Judo, mais je n’ai pas accroché à l’ambiance du club et son côté « compétitif ».
Par chance, une fille de ma classe faisait du Karaté et après discussion avec ses parents, ma mère a finalement accepté que j’y aille. J’avais 10 ans.
Je suis resté ensuite dans ce dojo de nombreuses années, jusqu’à créer mon propre dojo en 2012. Il y avait plusieurs enseignants qui suivaient Kase Taïji senseï. J’ai donc été très influencé par ce travail. Et cela dès petit, même si je faisais aussi de la compétition.

Qu’est ce qui vous a plu ? Ce qui vous a fait aimer les arts martiaux ? Ce qui vous a poussé et continue à vous pousser à continuer ?

Je pense que ce qui m’a plu dans les arts martiaux, c’est l’alliance de trois choses : l’esthétique, l’étiquette et la pratique physique.
Il y a ce côté physique, les mouvements effectués des deux côtés avec tout le corps, bras et jambes. On se dépasse, on ne lâche pas, on tombe mais on se relève et on continue le combat.

Le côté art, la pureté du geste que l’on recherche ainsi que l’échange et le lien avec le partenaire.
Et le Reïshiki, qui pour moi est une manifestation du bon sens. Une chose essentielle pour vivre ensemble sans que tout ne dérive petit à petit.

Ce qui m’a poussé à continuer, c’est mon parcours, mon évolution, les rencontres, toutes ces choses que j’ai vécues grâce aux arts martiaux. Je ne dirais pas que j’ai eu de la chance car je pense que je me suis donné les moyens d’avancer, même si ce n’était pas toujours facile. Tout s’est bien goupillé finalement. Et les arts martiaux m’ont permis, sans aucun doute, de mieux comprendre et appréhender la vie.

Alors pourquoi ne pas poursuivre l’aventure ?

Et aujourd’hui, si je continue avec toujours autant d’envie et de passion, c’est tout simplement parce que cela me fait du bien. Cela me rend heureux.

Pour vous, qu’apportent les arts martiaux sur le point de vue physique, mental et spirituel ?

Ce n’est pas magique, les arts martiaux n’apportent rien tout seul mais ils nous aident et nous guident. C’est nous qui sommes responsables de notre évolution. A nous d’étudier et de comprendre les arts martiaux pour prendre conscience du message qui en émane. Et par ce biais, grâce à notre investissement, on crée de nouvelles capacités que nous pouvons réutiliser chaque jour, sans même nous en rendre compte. On développe notre corps, on le connaît mieux et on sait l’utiliser. Notre esprit est ouvert et en éveil, on comprend mieux les autres et le monde qui nous entoure. Que ce soit physique, mental, spirituel, les arts martiaux nous apportent un certain équilibre.

Forgés par notre pratique et notre engagement, on est finalement prêts à relever les défis que nous propose la vie.

C’est quoi un Sensei pour vous ?

C’est celui qui nous montre le chemin et nous guide pour l’arpenter en nous faisant bénéficier de son expérience.

Pour moi il doit être un exemple et une inspiration. Mais il n’y a pas non plus besoin de l’idéaliser, car on peut tous être le senseï de quelqu’un dans un domaine et un simple débutant dans un autre.

Quelle est pour vous la place du Kata ?

Dans n’importe quel domaine, c’est notre travail qui nous fait évoluer.

L’avantage des kata, c’est qu’il nous donne immédiatement matière au travail et qu’en fonction de notre expérience on découvre de nouvelles choses. Il n’y a donc jamais de fin, toujours de nouvelles possibilités.

Au départ, il faut bien sûr se concentrer sur la forme pour que le corps appréhende certaines sensations. Ensuite, le « kata de base » n’a plus autant d’importance, c’est tout le travail que l’on peut faire autour qui compte.

Vous pouvez le faire en avançant, en reculant, en symétrique, décomposé en blocs, en répétitions multidirectionnelles, en changeant les axes, les rythmes, les déplacements, en modifiant certaines trajectoires de mouvements, en transformant les parades en frappes, les frappes en parades, avec un partenaire, plusieurs partenaires, sur un sac de frappe ou une cible,… il suffit de laisser libre cours à l’imagination.

Dès que l’on connaît un kata, on ne peut plus s’ennuyer. Il n’y a aucune limite au travail que l’on peu faire à partir des kata.

Malheureusement, trop de pratiquants survolent les kata, à mon sens, en ne pensant qu’à la forme omote et son embusen. Et pour moi, survoler les kata sans aller chercher ce qui se cache derrière, c’est tout simplement passer à côté de la pratique.

C’est quoi être ceinture noire pour vous ?

Comme beaucoup, enfant j’idéalisais la ceinture noire. C’était le Graal. Adolescent, mes professeurs étaient 5ème dan, les élèves les plus anciens étaient 2ème dan et j’imaginais donc que si je travaillais beaucoup, je pourrais aussi finir nidan.
Puis j’ai passé mon shodan et j’ai pris conscience des écarts de niveau et de valeurs qui peuvent exister entre les candidats et pratiquants. Après mon shodan, je ne voulais donc plus passer de grade. Mais mon professeur m’a dit de le faire donc je l’ai fait (rire). J’ai ensuite continué à passer des grades parce qu’en tant que professionnel ne pas le faire m’aurait certainement mis une épine dans le pied. Vivre de l’enseignement des arts martiaux est déjà assez compliqué pour ne pas cracher sur ce qui peut paraître un plus.
Je dis « peut paraître » car pour moi un grade n’est en rien un gage de qualité à l’instant t. Ce qui m’intéresse, ce n’est ni le grade, ni le titre, ni le diplôme, ni même l’âge ou le temps de pratique, mais ce que fait le pratiquant sur le tapis.

Pour en revenir à la ceinture noire, je la vois aujourd’hui comme un passage.

Arriver à la ceinture noire, c’est avoir les bases et les outils pour continuer sa progression et découvrir sa propre pratique.
Après, je suis certainement un peu vieux jeu, mais j’aspire à ce que la ceinture noire soit également un gage de qualités humaines et de responsabilités envers soi-même, son école, ses enseignants et compagnons de pratique.

Certains disent que les arts martiaux traditionnels sont en diminution, ont moins d’intérêt, qu’en pensez-vous ?

Actuellement il y a apparemment moins de pratiquants investis. Je crois que c’est en partie dû à l’évolution de notre société. Mais c’est aussi une impression car nous jugeons cela proportionnellement au nombre global de pratiquants qui a lui beaucoup augmenté.

Ce que je pense être vrai, c’est qu’autrefois il y avait moins d’élèves mais ils étaient plus investis. Aujourd’hui le nombre de pratiquants a explosé, mais le nombre de passionnés reste le même, les autres sont des pratiquants loisir.

Je dis cela sans jugement péjoratif. Autrefois la pratique était peut-être trop exigeante pour que l’on y vienne « juste comme ça ». Maintenant que cela s’est démocratisé, les arts martiaux sont plus accessibles et l’on peut pratiquer « juste un peu ».

Est-ce un bien ou un mal ? Je n’ai pas assez de recul pour en juger.

Ce qui est certain c’est qu’en tant qu’enseignant il nous faut leur apporter ce que l’on peut quand ils sont là. Le reste ne dépend pas de nous.

Pratiquer les arts martiaux sur le long terme est un engagement fort. Tout le monde n’a pas cette envie et cette volonté. La population et le nombre de dojo peuvent augmenter, ce n’est pas forcément ce qui créera l’étincelle chez les pratiquants. Ce qui crée cette étincelle et entretient la flamme c’est l’exemple et l’inspiration que l’on découvre chez celui que l’on considère, au fond de nous, comme un senseï.

Et ça, c’est aussi une affaire de rencontres.

C’est très important de savoir d’où l’on vient et comment les arts martiaux se pratiquaient avant, mais il ne faut pas rester bloqué sur le passé. Il faut savoir faire vivre les choses aujourd’hui pour espérer les voir perdurer demain. Et pour perdurer, une tradition à besoin de s’adapter. S’adapter, sans se dénaturer.

En plus de votre pratique du Karate, vous pratiquez le Kishinkai Aikido, vous faites des stages de Shinbukan Kuroda Dojo ainsi que du Hino Budo. Pourquoi pratiquez-vous ces arts en plus du Karate ?

Ma base, c’est le Karatedo Shotokan. Durant mes études universitaires, je pratiquais 15 à 20 heures par semaine. Beaucoup de Karate, mais j’allais aussi pratiquer ici et là d’autres disciplines et principalement le Judo, le jujutsu et la boxe pieds poings sur lesquelles je me suis le plus investi. J’ai donc toujours été ouvert et j’apprécie les autres disciplines. J’aime aller à leur rencontre. Et c’est d’ailleurs comme ça que j’ai rencontrer Léo Tamaki.

Lorsque j’ai ouvert mon dojo en 2012, je venais d’avoir 27 ans et je sortais de 10 ans de compétition de haut niveau. Je donnais 24 heures de cours par semaine, c’était assez physique et très demandeur mentalement. Arrivé en fin de saison, j’étais lessivé et je me suis dit que je ne pourrais jamais tenir le rythme pendant 50 ans. J’ai donc chercher à assouplir ma pratique pour pouvoir continuer sur le long terme. Lors du premier stage de Léo Tamaki auquel j’ai participé, j’ai vu dans son Aïkido beaucoup de légèreté tout en restant très incisif. C’est ce que je cherchais. Je me suis donc investi dans cette pratique pensant qu’elle pourrait m’aider à évoluer comme je le souhaitais.
Et j’ai bien fait car le Kishinkaï m’a beaucoup donné et m’a fait passer un cap énorme dans ma pratique. J’y ai aussi rencontré beaucoup de belles personnes, des amis et j’en suis très heureux.

Le Kishinkaï ayant été influencé par le Shinbukan, il était pour moi naturel de m’y intéresser aussi. Je ne participe plus aux stages de Kuroda senseï aujourd’hui, mais c’est un très grand expert qui a été un accélérateur dans ma recherche de modification de ma pratique et d’utilisation du corps.
De même pour le Hino Budo. D’ailleurs, il y a deux ans, je me suis rendu compte que mon tsuki avait changé et qu’il avait été influencé par certains exercices pratiqués avec Hino senseï. C’est peut-être moins flagrant qu’avec le travail du Shinbukan, mais c’est présent et cela fait son chemin. Je n’ai pas vu Hino senseï depuis le Japon en juillet 2019. Mais nul doute que je le retrouverai lors d’un prochain passage en France car je pense avoir encore certaines choses à aller chercher dans son travail.

Lorsque l’on fait des rencontres qui peuvent nous enrichir et nous faire évoluer, il faut en profiter.
Et si l’on ne tombe pas dessus, il faut les chercher et être actif. Votre persévérance provoquera certainement un jour une rencontre qui vous sera bénéfique.

En 2015, vous fondez le Shinjukaï Karate Do, pourquoi avoir fondé cette école ? Quelles sont les spécificités et la philosophie de votre école ? Que veut dire SHINJUKAI ?

Ma pratique, celle que j’enseigne aujourd’hui, a été forgée par mes interactions avec différentes disciplines. Nous pratiquons les frappes, les clés, les projections, les armes et surtout la liaison qu’il existe entre tout cela.
Si j’ai fondé le Shinjukaï, c’est parce qu’avec le temps, mes élèves et moi avions besoin de mettre un nom sur notre pratique qui n’était plus du « Shotokan ».

Je pense que la pratique des arts martiaux doit permettre de mieux vivre et rendre heureux. Pour cela, notre école se base sur un double projet. Le bien-être et l’efficacité.

Je souhaite que notre discipline permette à ceux qui s’y engagent d’être en bonne santé, bien dans leur corps et dans leur tête. Et je souhaite également que cela leur apporte le moyen d’être efficace. Efficace pour le combat et l’auto-défense, mais surtout efficace dans leurs vies et leurs actions du quotidien.

Au Shinjukaï, on part du principe que l’on rencontrera toujours quelqu’un de plus grand et de plus fort que nous. Nous mettons donc en avant la capacité de mouvement, l’utilisation souple et fluide du corps, la qualité technique, le ressenti et l’adaptabilité afin d’obtenir l’efficacité martiale et une progression quels que soient l’âge et les capacités physiques. Mais la recherche de cette efficacité martiale n’est finalement pas notre objectif, c’est un moyen pour améliorer nos vies.

Le nom Shinjukaï peut être traduit simplement par « le groupe de ceux qui ont l’esprit souple ». Cela va dans le sens d’une ouverture d’esprit envers les techniques et les disciplines, mais également d’une souplesse dans la pratique et d’une adaptabilité à la vie.

photo William Pinaud

Avec vos très nombreuses années de pratique, vous avez côtoyé plusieurs maîtres et experts. Quelle fut votre plus belle rencontre ?

Je n’ai que 35 ans, et même si j’ai une certaine expérience, j’ai surtout encore beaucoup de choses à vivre et de nouvelles rencontres à faire.
J’ai été très influencé par des senseï comme Jean-Pierre Lavorato, Bernard Bilicki ou Léo Tamaki, que je suis depuis plusieurs années et qui m’ont tous apporté un vrai plus et m’inspirent encore.

Même si je ne les ai pas côtoyés aussi régulièrement, Mochizuki Hiroo et Oshiro Zeneï sont aussi des exemples à mes yeux.

Mais pour l’instant, je n’ai pas rencontré d’enseignant dont le travail correspond à 100% à mes attentes. Est-ce que cela existe ? Je ne sais pas. Et c’est aussi pour cela que le Shinjukaï est né. Car je ne devais pas attendre passivement, mais être actif et créatif pour me rapprocher de la pratique qui me correspond.

Finalement, la plus belle rencontre c’est peut-être celle que je fais avec moi-même au fur et à mesure de mon évolution et de mon cheminement autour des arts martiaux. C’est grâce aux enseignements que j’ai reçus, mais également aux pratiquants que je croise sur la route et qui m’aident à avancer. Je les en remercie d’ailleurs. Les arts martiaux sont souvent vus comme une pratique individuelle, mais c’est faux. On a tous besoin d’échanger et de partager pour évoluer. On ne peut pas le faire seul.

Puis il y a la rencontre avec mes élèves, qui me font confiance et que je vois évoluer au fil du temps. Ça aussi c’est très important pour moi et ça m’inspire pour la suite.

Une anecdote à nous partager ?

Une anecdote, mais surtout une prise de conscience.

Il y a une dizaine d’années, dans le milieu du Karaté on me trouvait plutôt souple.
Puis en découvrant l’Aïkido Kishinkai et le Shinbukan, je me suis rendu compte que j’étais le plus souple des planches de bois (rire).
D’ailleurs à cette même période, je donnais quelques stages pour le comité de Gironde de Karaté.
Je montrais souvent certaines clés ou projections en liaison avec les frappes. On m’a alors dit à plusieurs reprises que ce n’était pas du Karaté. Cela fait aussi partie des choses qui m’ont poussé à fonder le Shinjukaï.

Quelques années plus tard, avec l’apparition des bunkaï spectaculaires des équipes de France et les clés et projections montrées par plusieurs experts, c’est redevenu du Karaté (rire).
La roue tourne, les « modes » changent et l’état d’esprit aussi.

Bref, tout ça pour dire que dès que l’on change le cadre et que les codes sont différents de nos habitudes, on met le doigt sur nos incompréhensions et nos faiblesses.

C’est pour cela qu’il est primordiale de rester ouvert et de ne pas faire de jugement hâtif.

En plus de votre pratique en tant qu’enseignant, avez-vous une routine chez vous ?

Avec la Covid, on s’adapte, mais généralement mes semaines sont assez similaires.

Dès que je me lève je pars au dojo. Je bois deux cafés en regardant les actualités sur Internet et en faisant un tour sur Facebook. Parfois je travaille un peu sur quelques projets ou de l’administratif pour le dojo.
Ensuite je monte sur le tatami pour m’entraîner et faire un peu de préparation physique. Je m’entraîne généralement 1h30. Puis je rentre manger chez moi en regardant un film ou une série. Après une petite sieste je repars au dojo. Je travaille sur l’ordinateur, puis je m’entraîne encore un peu et je fais quelques assouplissements. Ensuite c’est l’heure des cours avec les élèves.
Le week-end est souvent rythmé par les stages que j’anime ou ceux auxquels je participe. Sur l’année 2019 par exemple, je n’ai eu que 5 week-ends sans stage, il y a donc assez peu d’improvisation.

Mais ce sont évidemment des choses qui évoluent car je ne veux pas non plus m’emprisonner dans des habitudes. Je marche à l’envie. Parfois je fais des séances d’entraînement plus longues, d’autres fois je suis pris par un projet et je n’ai pas envie d’arrêter ce que je suis en train de faire donc je modifie le planning. Mais ce n’est pas grave, puisqu’au fond je retombe sur mes pattes. J’ai fait ce que je devais, je me suis entraîné, et j’ai passé une bonne journée (rire).

Concernant mes séances, que ce soit pour la pratique martiale ou la préparation physique, je n’ai pas de programme ou d’exercices pré-établis. C’est en fonction de l’envie du moment.

Quels conseils pouvez vous donner aux pratiquants ?

Personnellement, je n’ai jamais autant progressé que depuis que je ne cherche plus à vérifier mes progrès (rire). Je pense que ce n’est ni bon, ni objectif. C’est comme faire un régime et se peser 2 fois par jour pour regarder si l’on a perdu du poids. C’est absurde car beaucoup trop dépendant de ce qui se passe dans la journée et peu révélateur de la tendance globale.

Pour le Budo comme dans les autres domaines, c’est pareil. Un pianiste, ne va pas s’enregistrer à chaque fois pour voir s’il joue mieux le morceau. Il s’entraîne et de temps en temps regarde où il en est. Il faut que ce soit la même chose pour la pratique martiale.

Connaissez-vous quelqu’un qui s’entraîne sérieusement et qui ne progresse pas ?
Moi non. Donc il ne faut pas chercher plus loin.
D’autant plus qu’en progressant, on se rend beaucoup plus compte de nos erreurs. Donc à trop se focaliser dessus, on risque de perdre le plaisir de la pratique et de se démotiver.

Mon premier conseil c’est donc de faire, tout simplement.

Il faut s’entraîner avec plaisir. Bien sûr avec conscience pour ne pas faire n’importe quoi et essayer de s’améliorer, mais sans frustration par rapport au résultat. Trop se focaliser sur le résultat c’est forcément occuper son esprit et se rajouter des tensions corporelles qui vont gêner la pratique, donc notre évolution.

Les gens veulent trop souvent tout comprendre avant de faire. Je trouve très bien de se questionner, c’est important. Mais avant de vouloir des réponses il faut faire et refaire. Il faut laisser le temps nous forger et créer notre expérience sans trop se poser de questions.

Alors travaillez, faîtes-vous confiance, et faîtes confiance à vos enseignants et vos partenaires pour continuer à vous guider.

J’ajouterai aussi que s’entraîner, ce n’est pas forcément 1 heure au dojo en karategi. Ça peut être seulement 3 minutes face à la glace de la salle de bain. En 1 minute, vous pouvez faire 50 tsuki. Ce n’est peut-être pas grand chose, mais si vous le faîtes tous les jours, à la fin de l’année, vous aurez fait 18 000 tsuki de plus que celui qui ne l’aura pas fait.

Deuxième conseil que je voudrais donner, c’est d’être juste et honnête, avec soi et avec ses partenaires.
On ne peut pas devenir bon sans travailler, en trichant ou en s’économisant. Les arts martiaux s’apprennent avec le corps et avec la tête. Si vous n’êtes pas prêt à faire tel ou tel « effort », ce n’est pas un problème. Il faut par contre en être conscient pour savoir où est sa place. Vous pratiquez pour vous, alors ne vous mentez pas.
Ne mentez pas non plus à vos partenaires. Trop souvent, par gentillesse et en voulant aider, on pratique les arts martiaux avec de fausses attaques et des situations sans aucune logique. Puis le jour où l’on se retrouve face à quelqu’un de plus « juste », cela ne fonctionne plus, entraîne une grosse remise en question ou pire, une blessure. C’est la faute des habitudes que l’on a créées avec des partenaires qui faussent la donne.

Donc soyez un bon partenaire, sincère dans vos attaques et logique dans vos réactions. Ce n’est pas une question de vitesse ou de puissance, mais une question de trajectoire, de distance et de timing qu’il faut respecter pour ne pas être dans l’erreur. Et pour cela, il est aussi important d’éliminer tous les signaux qui peuvent montrer à l’autre ce que vous allez faire. Car avec des signaux, on reste dans la facilité et on se ment sur nos réelles capacités.

Pour résumer ces deux conseils, il faut pratiquer avec sincérité et honnêteté sans se focaliser sur des résultats immédiats.

Quels sont vos projets ?

Mon projet numéro un actuellement va être de réussir à garder mon dojo après cette crise du coronavirus. Vivre des arts martiaux n’est pas facile et en ayant mon propre dojo ça l’est encore moins. Mais je vis Karatedo donc je me dis que si ça doit marcher pour quelqu’un ce sera moi. (rire)

Deuxièmement, j’aimerais former de nouveaux enseignants d’ici 2 ou 3 ans parmi mes élèves. Pas forcément pour développer l’école, car ce n’est pas sa vocation. Mais pour que cela leur permette à leur tour de passer un cap dans leur pratique.

Car même un pratiquant avancé qui a de bonnes formes techniques, n’a pas toujours une connaissance assez détaillée de tout ce qui doit se passer dans le corps durant le mouvement. Il n’a peut-être pas non plus complètement conscience de ce qui se passe chez lui.

En tant qu’enseignant, lorsqu’on remarque des erreurs chez un élève il faut trouver les bons mots et les bonnes indications pour l’aider à s’améliorer. Ce n’est pas du tout évident. C’est pour cela que je réfléchis à des formations spécifiques que je pourrais mettre en place pour un petit groupe de pratiquants avancés. J’aimerais leur apporter des outils supplémentaires afin qu’ils soient plus conscients de leur pratique et plus autonomes dans leur progression. Et de fil en aiguille cela sera profitable aux autres pratiquants.

Un mot pour la fin ? Quelque chose à rajouter ?

On est trop souvent spectateur de notre pratique et de notre vie, comme si on attendait de voir comment le film va se terminer. Mais en réalité, nous sommes tous acteurs, chacun peut décider de la suite des événements.

Alors gardez confiance, pratiquez et faîtes-vous plaisir.

Vivez et soyez heureux !

photo William Pinaud