Dix questions à Cyril Nogueira

J’ai posé mes dix questions à Cyril Nogueira

Cyril Nog

Au travers de cette photo j’ai voulu mettre en avant le travail avec partenaires, le mouvement, l’ouverture d’esprit qu’apporte les stages.

La voie martiale demande beaucoup de travail personnel mais sans partenaire on ne peut pas progresser correctement et s’enrichir. Peu importe son art, son style, son niveau … Il y a toujours quelque chose à prendre. Seul nous ne sommes rien.

Nom : NOGUEIRA
Prénom : Cyril
Date de naissance : 08/12/1972 à Lormont (33)
Dojo : ARTS MARTIAUX SAUCATS
Site Internet :  www.shotokai-egami-do.fr / Facebook : Arts Martiaux Saucats
Tes enseignants (d’avant et d’aujourd’hui) :
KARATE SHOTOKAN (1990-1998) : Philippe Bisson (Lanton), Serge Itchner (iles marquises, Polynésie Française)
KARATE SHOTOKAI (depuis 2002) : Jean Olivie (Pessac)
ARNIS KALIS ESCRIMA: Didier Trinocque (méthode Pagbabago jusqu’en 2016) – Dany Faynot / Grégoire Grés / Lionel Froidure (style Doblete Rapillon)
KARATE JUTSU : Bernard Bilicki – Lionel Froidure.
DEFENSE: Christian Wilmouth – Christian Panattoni – Robert Paturel

 

Les 10 questions

1 – Pourquoi et quand as-tu débuté les arts martiaux ?

Etant plus jeune, j’ai fait des sports collectifs, mais je n’y trouvais pas mon compte. Je suis de nature plutôt discrète et finalement je dépendais trop des autres et n’arrivais pas à m’exprimer. J’ai donc tâtonné avec le tennis, le vélo, la course à pied en loisir …

Lors de mon adolescence le cinéma nous émerveillait avec la déferlante de Bruce Lee, Chuck Norris, JC Van Damme … forcement ça fait rêver ! Et puis je voulais faire quelque chose d’utile qui m’apporte un plus dans mon quotidien. Courir après une balle, un ballon … c’est bien mais je préférais apprendre à me défendre et défendre les autres, car je ne supportais déjà pas l’injustice. J’avais également besoin de prendre confiance en moi, et quoi de mieux que de faire des arts martiaux !

Ce n’est que tardivement que j’ai enfin pu commencer les Arts Martiaux car il n’y avait pas de club sur ma commune (Audenge). Avec un groupe de 4 copains nous sommes allés nous inscrire au dojo Lantonnais en 1990, sous la direction de Philippe Bisson. Un formidable enseignant !

Déjà à l’époque pour les études et le travail j’étais déjà beaucoup en déplacement … La semaine j’allais m’entrainer sur Dax (avec Antoine Rosa que je remercie au passage), et le samedi matin à Lanton.

Puis ce fût le service militaire, durant 2 ans et demi, sur l’île d’Hiva Oa, dans l’archipel des Marquises, en Polynésie Française … et là j’ai découvert à Atuona, un club de Karaté, dirigé par Serge Itchner … Grâce à Serge j’ai passé mon shodan Shotokan sur l’île lors de la venue de la délégation qui venait de Tahiti.

Lors de mon retour en métropole, pendant 4 ans, tout en construisant ma vie personnelle et professionnelle, j’ai pratiqué, la première année la boxe française, mais j’ai surtout continué à travailler personnellement.

En Septembre 2002, Jean Olivié (actuellement 6 ème Dan FFKDA), vient faire un cours découverte de Karaté Shotokaï dans ma nouvelle commune de cœur, Saucats. Il n’y avait pas de club d’Arts Martiaux à Saucats.

J’ai immédiatement adhéré à la pratique Shotokaï et à l’homme, qui est à ce jour, toujours mon Sensei. Le club du Karaté-do-Shotokaï de Saucats vit le jour quelques jours plus tard.

2 – Pourquoi continuer ?

Pourquoi arrêter ?

La pratique est une réelle source de plaisir, de bien être, c’est mon équilibre, c’est indispensable.

Les Arts martiaux sont tellement riches et complémentaires entre eux.

J’ai encore tellement à découvrir, à apprendre, à transmettre et partager ce que les arts martiaux m’ont apporté et m’apportent encore dans mon quotidien.

Nicolas, voici une image qui explique mon ressenti :

« Je marche sur un chemin de montagne. J’ai emprunté mes propres sentiers grâce à des rencontres humaines, des réflexions, des choix. Par défaut pour moi tout est bon dans les arts martiaux, mais il faut prendre ce qui nous parle … Sachant que nous évoluons nous aussi, ce que je pense aujourd’hui est différent d’hier et de demain.

Cela fait quelques années que je marche sur les flancs de cette montagne, et le brouillard commence juste à se disperser, le soleil brille, le paysage est magnifique, je ne sais pas si je m’approche du sommet, mais ce n’est pas grave, je pratique, je me remets en cause tous les jours, et je prends plaisir !

Pourquoi arrêter ? »

3 – Les orientations de ta pratique ?

Ma pratique martiale est orientée sur un travail de disponibilité corporelle, relâchement musculaire, déplacement pour exploiter pleinement le potentiel de mon corps.

Comme l’évoque souvent Bernard Bilicki « Travailler avec un corps vécu et pas seulement un corps entretenu ».

Pour élargir mon évolution je pratique les armes, qui ne nous mentent pas. Avec les armes, si tu es contracté, crispé, tu fais appel à tes muscles pour véhiculer ta force, tu fatigues très vite, tu deviens lent, moins efficace, et « Pam » les doigts (Rires ! …les pratiquants d’Arnis comprendront)

Les principes sont donc les mêmes. Alors enfin tu peux écrire des phrases et pas de simples mots, enchaîner tes techniques !

Mon fil conducteur est, et sera toujours le Karaté. Mais selon moi, pour être un bon karatéka, lorsque les bases sont solides, il faut s’ouvrir à d’autres pratiques qui vont nourrir son évolution, et son Karaté.

Bien sûr, il ne faut pas oublier d’où l’on vient mais il ne faut pas rester avec des œillères. Grâce à certains Senseï, Sifu, Guro, Kru, instructeur je découvre un peu plus chaque jour le lien qui réunit ces pratiques. On est sur des principes et plus des techniques !

Pour preuves, tous les grands experts dans leur discipline directrice, ont pratiqué ou pratiquent d’autres arts !

4 – Comment s’entraîner ?

Très simple !

Le plus souvent possible, hors de sa zone de confort (physique, intellectuelle, psychologique), seul et avec partenaire.

Se remettre en question, être curieux, oser, avoir l’esprit ouvert, mais en gardant son fil conducteur, pour ne pas se perdre.

Pour moi, le plus difficile est de pouvoir m’entrainer régulièrement avec mes professeurs. Le temps me manque.

Les stages sont une bonne solution, à condition de retravailler derrière. D’où l’importance de prendre des notes, faire des vidéos à la pause sur les points essentiels à retenir, retravailler !

5 – Comment enseigner ?

L’enseignement est une grande responsabilité. C’est pour cela que je prépare toujours mes cours.

Humilité, bienveillance, sincérité, exigence, pragmatisme, écoute, sont les valeurs qui m’animent.

Chaque élève vient chercher quelques choses de différent avec ses propres capacités. Il faut connaitre ses objectifs et s’adapter à lui, pour communiquer avec un langage qu’il va comprendre, et le faire évoluer.

N’oublions pas que l’enseignement permet aussi à l’élève que nous sommes de continuer de progresser, car les élèves se nourrissent des professeurs et vice et versa.

Pour enseigner, il est très important pour moi, de continuer à pratiquer.

Aussi je m’associe pleinement à la ligne directrice de mon ami Christian Wilmouth et expert du KMRED : « élève un jour, élève toujours ! Entre être ou paraitre nous avons choisi ! »

Mon métier me permet de beaucoup circuler en France en semaine, et dès que j’ai l’occasion je sors le Kimono du sac de voyage.

J’ai été et continue à aller dans beaucoup de Dojo, et j’ai pu constater des qualités de cours bien différentes.

Très rarement, mais parfois j’ai réellement eu « pitié pour des élèves », tant la qualité du cours n’était pas au rdv. Que de temps perdu pour eux ! Et le pire c’est quand le professeur se croit bon, et possède un ego important, car il a du monde dans son cours !

A contrario, j’ai participé et participe encore à des cours d’un excellent niveau, nettement supérieur à ce que je suis capable de faire. Et ce professeur à une dizaine d’élèves au cours …

Trouvez l’erreur !

Bref l’enseignement ne s’improvise pas.

6 – L’évolution des arts martiaux ?

Il ne faut pas oublier d’où l’on vient, et le travail de nos ainés. Mais la société évolue et les Arts Martiaux suivent le mouvement, et c’est bien. Ce qui ne s’adapte pas, n’est pas en mouvement, s’épuise et meurt.

En revanche, il ne faut être vigilant et ne pas tomber dans le charlatanisme, ou le mysticisme pour briller et garder son auditoire. Le pire est de mentir à ses élèves.

7 – Un enchaînement technique ?

Je préfère parler de principe et d’état d’esprit qui sont selon moi, au-delà des techniques.

Des principes comme le mouvement perpétuel du corps, un corps connecté et disponible, le flow …

Un état d’esprit de partage, d’enrichissement mutuel avec son partenaire, mais qui peut évoluer à l’extrême en mode de survie en quelques secondes.

La technique est l’outil. Elle sera tellement différente selon la situation, mon intention.

8 – Une anecdote ?

Oui Nicolas. J’ai eu quelques claques d’éveil tout au long de ma pratique, et j’espère en avoir encore beaucoup, ça fait du bien, et remet les pendules à l’heure.

Ma première claque d’éveil qui a engendré ma première forte remise en question a été avec Serge Itchner. Serge, mon Sensei lors de mon séjour aux Iles Marquises, était un homme adorable, et comme souvent dans ces îles les habitants sont des personnes robustes et dotées d’une force tranquille. C’était le cas de Serge, doté d’un esprit guerrier, aux vues des échos des compétitions auxquelles il avait participé.

Lors de ma préparation au shodan, Serge me donne rendez-vous au dojo (4 murs, un toit et du béton). Nous sommes seulement tous les deux pour un entrainement au combat. Quand j’arrivais à le toucher, je le frappais avec des gyaku tsuki de folie, j’étais au maximum de mes capacités et il ne bronchait pas. Et pourtant à l’époque mon quotidien de militaire, à 23 ans, avec des entraînements journaliers, affûté comme je ne l’ai jamais été, faisait que j’avais « la patate ». Et là j’ai compris que ce n’est pas la puissance de mon bras qui fera flancher mon Sensei, il fallait trouver l’énergie ailleurs, que mon corps entier se mobilisent ! Bref une bonne tranche de certitude qui venait de s’effondrer !

Serge, si tu lis ces lignes, je ne te l’ai jamais dit, mais ce jour-là, j’ai réellement eu un déclic, une réflexion, une recherche qui s’est mise en marche. Merci beaucoup pour cette première claque.

9 – Un coup de gueule ?

Comme évoqué précédemment, mon métier fait que je me déplace beaucoup et cela me donne l’occasion de découvrir de nombreux Dojo, enseignants voir disciplines … Etant d’un tempérament plutôt curieux, ouvert, qui aime bien se remettre en question et aller à la rencontre des gens … je vais considérer que c’est une chance.

Attention à ne pas mentir aux élèves qui nous accordent leur confiance ! Soyons vigilants. Même si cela est involontaire.

Ne faisons pas croire aux élèves qu’ils ont la technique parfaite, efficace. N’oublions pas que nous sommes dans un dojo, avec les règles de la discipline que l’on pratique, avec des partenaires et rarement des adversaires. Et tout particulièrement quand on aborde le travail des armes ! Enseignons ce que nous connaissons ou allons-nous former ! Et je me mets bien entendu dans le lot. Quand je ne sais pas, je ne sais pas ! Il faut être honnête !

Tous les arts martiaux sont bons, mais il faut que les enseignants soient à la hauteur, c’est une responsabilité.

10 – Le futur ?

Pour reprendre un dicton de mon ami Lionel Froidure : « Pour être un pratiquant, il faut pratiquer, alors pratiquons ! ». Quoi de mieux qu’un pratiquant qui enseigne à un autre pratiquant !

A l’aube de mes quarante-cinq ans, j’espère encore avoir une quarantaine d’années pour m’épanouir, rencontrer de belles personnes, qui me donneront encore quelques « claques d’éveil » (rires !)

Des voyages martiaux à court et moyen terme dans les berceaux de leur discipline.

Les Philippines d’ici 2 ans (pour les 18 ans de mon fils Théo ce serait super).

Les iles d’Okinawa un jour j’espère… et d’autres voyages en Europe …

Mais avant tout il faut profiter du moment présent, des gens qui sont autour de nous aujourd’hui.

D’ailleurs je rappelle qu’aux Arts Martiaux Saucats, nous fêtons nos quinze ans. Il est encore temps de venir nous retrouver lors de l’une de nos journées anniversaires. Vous avez envie d’apprendre, de partager, tout ça dans une ambiance conviviale … On vous attend !

Et pour finir, un sincère remerciement à mon épouse Céline, et mes enfants Théo et Tom qui partagent malgré eux, ma vie professionnelle de « pigeon voyageur » et mon investissement sans fin dans les Arts Martiaux. Merci à vous !

Bonne année 2018 !

Un grand merci Cyril pour tes réponses.

Vous pouvez retrouver tous ceux qui ont accepté de répondre à mes dix questions sur la page Les 10 questions

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