Dix questions à Farouk Benouali

J’ai posé mes dix questions à Farouk Benouali

Farouk

Nom : BENOUALI
Pr
énom : Farouk
Date de naissance : 23 avril 1976
Discipline : Aikido – Iaido Muso Shinden Ryu – Iaijutsu Ryushin Shouchi Ryu – Taiso
Dojo/Club : Tankyukai Vieux-Lyon – Tankyukai Villeurbanne – Tankyukai Lyon Confluence
Site Internet : http://faroukbenouali.wordpress.com
Tes enseignants (d’avant et d’aujourd’hui) : Jean Richard Gross, Dominique Andlauer – Tamura Sensei – René VDB – Malcolm Tiki Shewan – Pascal Krieger – Stephane Benedetti – Hino Akira Sensei – Yahagi Kunikazu Soke

Les dix questions

1 – Pourquoi et quand as-tu débuté les arts martiaux ?

Durant mon enfance, je vivais dans un quartier où il y avait des voyous. Mes parents m’ont toujours préservé de ces problèmes de délinquance, mais malgré cela, je me faisais souvent emmerder. Plus jeune, j’étais physiquement assez faible. J’ai grandi avec des amis d’origine cambodgienne qui aimaient les arts martiaux. Ils faisaient de la boxe thaïe. Certains étaient capables de briser à coup de tibia des bouteilles en verre comme on mange une banane. Facile quoi ! 😀 Je me faisais plier en deux assez rapidement. Ça me faisait horriblement mal de recevoir ces coups de pied.

Je me suis mis au karaté (courant de Dominique Valera) pendant 2 ans et demi. J’ai également fait du full contact, du kick boxing, de la boxe française et anglaise. Les jeux de pieds me plaisaient beaucoup. C’était l’époque des films de Bruce Lee, Jacky Chan, Van Damme, Steven Seagal… (…mes références sont ce qu’elles sont 😀 )

Puis un jour l’un de mes meilleurs amis (Pich) passe me voir à la maison (on s’entraînait souvent ensemble) et me parle d’un club d’Aïkido pas trop loin de chez nous où il avait déjà fait quelques séances. On y est donc allés ensemble et j’ai tout de suite accroché. Je n’avais pas encore 17 ans. Je vais sur mes 42 ans aujourd’hui. On peut dire que l’Aïkido est venu frapper à ma porte. 😉 C’était comme un exutoire. Certains vont à l’église, à la mosquée ou chez un psy. Pour ma part, j’ai opté pour le dojo. On ne rentre jamais par hasard dans un dojo ou dans les arts martiaux. On a tous une histoire. Je manquais cruellement de confiance en moi étant plus jeune, comme beaucoup de monde.

2 – Pourquoi continuer ?

Tout simplement parce que ça me plaît énormément. L’Aïkido m’a fait un bien fou. De par ses techniques non destructrices mais à la fois assez efficaces, sa philosophie et ses principes visibles (principes de mobilisation du corps…) et invisibles (gestion du timing, de la mobilisation interne…) et puis il y a pas mal de choses à travailler, à rechercher, à explorer, à expérimenter… Il y a un joyau à découvrir. Alors pourquoi continuer ? J’aime le développement personnel, corporel et la gestion des émotions que cette discipline peut apporter.

3 – Les orientations de ta pratique ?

J’en ai plusieurs. Je vais faire court, mais je mets l’accent sur les principes d’utilisation et de modification du corps que j’ai pu découvrir avec Hino Akira Sensei (merci à mon ami Léo Tamaki) et Yahagi Kunikazu Sensei. Je me concentre sur la bio mécanique et bio dynamique de mouvement et sur les différentes notions de temporalité ainsi sur les variations de rythme à mains nues ou Aïkiken/Kenjutsu, sur la sensation, la lecture d’intention, la flexibilité du corps inter-reliée, interconnectées…

4 – Comment s’entraîner ?

S’entraîner sans relâche au dojo, en dehors, en stage avec des gabarits différents. Je n’hésite pas à prendre les plus massifs parfois. Je peux tout de suite voir si ma technique fonctionne ou pas. Aujourd’hui je préfère m’entraîner en dehors. Seul, à la maison, à l’extérieur, dans ma voiture, dans mon lit, sous la douche… à rechercher, à programmer mon corps, à visualiser et ensuite arriver au dojo pour mettre les choses en application. C’est un conseil que m’avait donné Hino Sensei et je m’y emploie tous les jours autant que faire se peut. Je m’amuse même à le faire pendant mes sessions de running, marche sportive, en randonnée. Je me programme tout le temps. Parfois les gens peuvent me regarder bizarrement dans la rue quand je répète un mouvement ou un kata de iai (à main nues bien entendu), mais il y a longtemps que j’ai dépassé le stade de la critique ou du regard extérieur.

5 – Comment enseigner ?

En ayant pour objectif de toujours évoluer, du mieux que l’on peut. Je ne suis jamais satisfait des résultats que je peux ressentir, découvrir et/ou transmettre. Pousser les élèves à élever leur niveau, tout le temps. Les accompagner, les guider de la manière la plus sincère et ressentir leurs techniques quand tu donnes tes ukemi et/ou que tu attaques au ken/jo (uchi dachi).

Si tes élèves ne donnent pas le meilleur d’eux-mêmes, ils ne peuvent pas te faire évoluer.

Il faut transmettre avec cœur et faire en sorte qu’ils puissent te mettre en difficulté de temps à autres. C’est ensemble que l’on avance. On n’est jamais fort tout seul mais ensemble.

6 – L’évolution des arts martiaux ?

C’est une question difficile. Mais cela me fait penser au dernier stage auquel j’ai participé (avec Pascal Krieger et Malcolm Tiki Shewan) à Genève sur le thème Keïko Shōkon : « Penser à tout ce qui nous a été transmis par le passé et le rendre lumineux aujourd’hui ».

Pascal a notamment mis l’accent sur Shuri koseï : Séparer, réparer, revisiter tout ce que l’on a appris (shuri) et le consolider au plus profond de nos cellules avec le temps et surtout la pratique (koseï).

J’ai l’intime conviction que si les pratiquants évoluent dans ce sens, les arts martiaux peuvent avoir une certaine crédibilité sans forcément trahir les promesses tant recherchées.

7 – Un enchaînement technique ?

Coup de tête balayette ! C’est direct et efficace. 😀

Mais je préfère cette entrée foudroyante armée ou non : chokusen Irimi suivi de tenkan (entrer en ligne droite comme un kiri otoshi) et pivoter pour laisser passer une éventuelle contre-attaque. Ensuite peu importe la technique. Viendra ce qui viendra. Les budo sont censés nous porter vers la spontanéité. Vaste programme. Rapidité (d’action ou être dans le temps), cadence, détermination. Clin d’œil à un ami que j’apprécie énormément. Il saura se reconnaitre. 😉

8 – Une anecdote ?

Je dirais que ma rencontre avec Hino Akira Sensei a considérablement révolutionné ma pratique ainsi la conception que je pouvais me faire des budo en général. Il est sidérant. C’est un extra-terrestre.

Sinon, pour la petite anecdote, une amie m’a présenté un de ses collègues musicien professionnel et … rugbyman. Il a voulu faire un bras de fer avec moi car elle m’a présenté comme 5e dan dAikido et gradé dans d’autres disciplines. A vrai dire, je n’ai pas apprécié qu’elle lui affiche mon curriculum de cette manière et j’ai tout d’abord refusé. Il avait des bras aussi gros que mes cuisses et en impressionnait plus d’un. Seulement il insistait. Je suis un peu taquin sur les bords (il ne m’a pas laissé le choix 🙂 ). N’y voyez aucune référence.

Je lui ai alors proposé un « doigt de fer » : majeur contre majeur – mon père me battait toujours à ce jeu quand j’étais jeune. Mais je me suis entrainé depuis le temps ;-). L’objectif étant de n’utiliser que les muscles de l’avant-bras en pronation. Il s’est prêté à mon jeu. Nous nous sommes attablés et nous avons commencé. Il s’est mis à utiliser toute sa force avec ses gros biceps tout en me tirant vers lui. J’ai tout de suite senti qu’il n’avait pas conscience de ses axes de forces, de ses alignements. Il forçait énormément sur mon poignet. J’en ai profité pour utiliser la vrille du coude en allant dans son sens, en poussant légèrement (Tenshikeï – principe d’utilisation du corps du Hino Budo issu du taijiquan). Et là, nous avons entendu un gros claquement. Je l’ai renversé sans trop d’effort. Résultat de ce jeu puéril, il s’est retrouvé aux urgences avec une fracture de la base proximale de son majeur. Je n’étais pas fier car il devait jouer le lendemain à l’auditorium de Lyon. Je lui ai présenté mes sincères excuses car je n’avais pas l’intention de lui faire mal. Mais bon, il m’a lancé un défi et j’ai réussi à l’emmener sur mon terrain. 😀 . Il me doit une bière depuis, mais j’attends toujours… qu’il puisse dégainer, avec sa main, son porte-feuille. 🙂

9 – Un coup de gueule ?

J’en ai plusieurs.

Je ne supporte pas les hauts gradés bedonnants qui se pavanent sur les tatamis en donnant des leçons de Budo ou de morale 🙂

Blague à part, j’ai vraiment du mal avec les personnes qui ne pratiquent que pour l’obtention d’un grade et une fois le diplôme empoché, s’entraînent moins, voire en dilettante. C’est comme s’ils avaient réussi le diplôme de fin d’étude et ensuite plus rien. Quel gâchis ! Suivez mon regard :-p

Ça m’exaspère mais c’est ainsi. Il faut savoir accepter la conséquence de notre société consumériste basée sur le matérialisme et l’audio-visuel. Autres temps, autres mœurs.

On ne vit plus les Budo comme à l’époque des vidéos en noir et blanc 🙂 .

Par ailleurs, j’ai déjà poussé mon vrai coup de gueule en quittant la FFAB. La lettre, que j’ai envoyée, est toujours disponible sur mon blog.

10 – Le futur ?

A nous de le créer, de le façonner, d’innover, de toujours travailler (en prenant conscience de nos limites de compétence) et surtout, un jour, de devenir son propre maître (être libre mais sans se fourvoyer). Ce n’est pas parce que l’on sait/ou connait une technique, un kata ou un enchainement que l’on sait faire concrètement. Il faut arrêter de fantasmer.

Il existe la conception intellectuelle, sensitive, intuitive et fantasmagorique.

Entre faire et savoir le faire et penser que l’on maitrise, il y a un fossé. Le dormeur ou le rêveur doit se réveiller.

J’entends énormément sur le net que l’Aïkido (mondial) est en pleine décroissance. C’est un fait et je ne le nie pas. Seulement, le revers de la médaille en diffusant à profusion ce genre d’information, c’est que cela vienne renforcer cet égrégore. De mon point de vue, c’est comme envoyer des implants dans la tête des gens qui souhaitent s’intéresser à l’Aïkido. Je pense que c’est à nous, la génération actuelle et montante de faire le travail et de continuer la recherche dans la pratique sans relâcher nos efforts, sans faire de concession. Il faut bosser, s’entraîner sans non plus se faire d’illusions en restant dans notre zone de confort, ou vivre sur nos acquis. Pousser toujours plus loin l’expérimentation et la machine (humaine). S’entraîner et encore s’entraîner. C’est comme le sketch du bon et du mauvais chasseur. Il y a le bon pratiquant et le mauvais pratiquant :D.

Un grand merci Farouk pour tes réponses.

Vous pouvez retrouver tous ceux qui ont accepté de répondre à mes dix questions sur la page Les 10 questions

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