Fin des dix questions. Et les dix questions … à moi même

Voilà, après six mois, je mets aujourd’hui un terme au projet des dix questions.

Je suis très heureux des réponses que j’ai pu recevoir. Des gens d’horizons différents, avec des expériences et visions toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Je rappelle que vous pouvez retrouver toutes leurs réponses à partir de la page dédiée.

Bien sûr, si j’accepte que l’on puisse ne pas avoir envie de participer, je suis tout de même déçu par ceux qui m’ont tout simplement ignoré sans même me répondre (la politesse ???), et ceux qui m’ont dit (souvent à plusieurs reprises) qu’ils allaient y répondre et ne l’ont jamais fait. Bizarrement, il s’agit très souvent de gens impliqués dans les grandes fédérations délégataires qui sont censées préserver et développer leur art martial. Y a t-il un lien de cause à effet ???
Bref, comme on dit, les absents ont toujours tort.

Parmi les 26 personnes qui ont participé à l’expérience, plusieurs m’ont en retour demandé quelles seraient mes réponses aux 10 questions.
Pour clore cette aventure, j’ai donc à mon tour répondu au questionnaire.

Voici donc mes réponses:

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Nom :  LORBER
Prénom : Nicolas
Date de naissance : 9 juin 1985
Discipline : KarateDo
Dojo : Karaté Evolution
Site Internet : nicolaslorber.com
Tes senseï (d’avant et d’aujourd’hui) : Sylvie Lagrange, Noël Carrère, Sylvain Queyroi,
Jean Pierre Lavorato, Léo Tamaki …

Les 10 questions

1 – Pourquoi et quand as-tu débuté les arts martiaux ?

Aussi loin que je me souvienne, je disais que je voulais faire du karaté. Sans doute à cause des films des années 80 ou ces acteurs se mettaient des coups de pieds en sautant dans tous les sens (rire). J’avais demandé à faire du karaté, mais c’était hors de question pour ma mère, trop violent. Et dire que maintenant, on dit qu’au karaté on ne se touche pas. (rire)

Donc à 6 ans, elle m’a mis au judo. J’aimais bien ça mais je n’accrochais pas avec l’enseignant et le club. Donc je n’ai pas continué l’année suivante.

C’est à dix ans que j’ai finalement pu débuter le karaté. Par chance, je suis tombé sur de vrais bons professeurs qui m’ont apporté de bonnes bases et m’ont guidé durant de nombreuses années. Aujourd’hui, je suis toujours en lien avec eux. Et j’interviens même au dojo pour animer quelques cours dans l’année. Et c’est toujours un plaisir pour moi.

2 – Pourquoi continuer ?

Tout d’abord parce que la pratique me fait du bien. Cela m’épanouit et me rend heureux. Puis quand je m’engage dans quelque chose, j’ai tendance à toujours essayer de le faire bien et à m’investir dedans. Je ne me suis donc jamais posé la question de continuer ou pas.

Je rencontre régulièrement des gens qui ne comprennent pas que l’on puisse être autant engager dans quelque chose, et encore moins dans la pratique du Budo. Parfois ils me disent « peut-être qu’un jour tu ne voudras plus faire de karaté ». Et généralement il m’arrive de  répondre « oui, et peut-être que toi tu vas t’ouvrir le corps pour t’arracher ton propre cœur… la probabilité est à peu près la même » (rire)

Cela ne fait aucun doute que cela fait partie de moi.

En 2003, j’ai eu une grosse blessure à la cheville. Les médecins m’ont demandé de ne pas poser le pied pendant un mois pour espérer que ça guérisse à peu près bien. Ils m’ont également dit que je ne pourrais certainement plus jamais faire de sport, plus courir sans danger. Mais je n’y ai pas cru une seconde. J’ai effectivement pris sur moi pour ne pas poser le pied durant un mois, et ce fut long et difficile. J’allais à l’université en bus et marchais une bonne heure par jour avec mes béquilles (tout en continuant à travailler le mae geri en appuis sur les béquilles). Bref, au bout d’un mois, j’ai recommencé à marcher, j’ai repris le karaté après un mois et demi en faisant attention, puis moins d’un an plus tard, je participais aux championnats de France. (oui, je n’écoute jamais les médecins)

3 – Les orientations de ta pratique ?

En 2011, j’ai décidé de me consacrer uniquement à la pratique et l’enseignement du KarateDo, et en 2012 j’ai ouvert mon propre dojo. Je donnais plus de 25h de cours par semaine. Et ces cours étaient relativement intensifs. A la fin de la première année, j’ai vraiment pris conscience que cela demandait beaucoup physiquement et psychologiquement, notamment en terme d’attention envers les élèves. (Les années précédentes, je ne donnais que 5h de cours par semaine) Et j’ai fait le constat que si je continuais ainsi, je finirais cassé de partout ou mauvais, voir les deux. J’ai donc réfléchi à une autre manière de travailler, à ce que je voulais mettre en avant pour pouvoir continuer à pratiquer et à progresser toute ma vie. Par chance, en 2012, j’ai aussi rencontré Léo Tamaki qui par son travail m’a donné les clés me permettant de modifier ma pratique dans la direction que je voulais.

Aujourd’hui ma pratique est je l’espère assez globale puisque j’y intègre mes recherches ainsi que ce que j’ai appris en Karaté, en Jujutsu, puis en Aïkido.

Je veux que ma pratique soit LIBERTÉ et ADAPTABILITÉ, sans aucune barrière dans les techniques ou le mouvement. Seuls les principes comptent.

Pour cela j’essaie de me placer dans un contexte martial concret, et quelles que soient les techniques, celles-ci doivent être effectuées de manière souple et fluide. L’efficacité doit venir d’une bonne utilisation du corps, pas d’autre chose.

J’insiste aussi de plus en plus sur le rôle du partenaire qui malheureusement est souvent mal compris à mon sens et limite alors les deux partenaires dans leur progression.

4 – Comment s’entraîner ?

Avec attention et intention, tout en respectant les étapes.

1- technique, 2- vitesse, 3- puissance, et pas l’inverse comme on peut trop souvent le voir. Une bonne progression dans la pratique des arts martiaux est un travail de longue haleine. Il faut l’accepter, et travailler. Donner du temps au temps.

Et garder à l’esprit que l’on doit toujours chercher à mieux faire. En tant que tori, mais aussi en tant que uke. C’est toujours les deux partenaires qui travaillent ensemble…

5 – Comment enseigner ?

A mon sens, on ne peut pas enseigner autre chose que ce que l’on est. Sinon on le fait mal.

Alors bien sûr, il est toujours facile de passer pour un « grand maître » devant des débutants qui dès leur entrée au dojo peuvent vous mettre sur un piédestal. Mais lorsque l’on veut réellement faire progresser ses élèves ou lorsqu’on anime des stages, on ne peut plus faire semblant. On se retrouve parfois avec des pratiquants de très bon niveau et si l’on veut pouvoir garder la tête haute, il faut leur montrer quelque chose de qualité et avoir les moyens de leur transmettre. Il faut leur prouver que l’on a quelque chose de spécial à leur offrir.

Et pour cela, il faut avant tout être un exemple en tant que pratiquant. Toujours s’entraîner, toujours se mettre en difficulté, toujours aller chercher ce qui nous fait défaut, toujours réfléchir, toujours chercher… Bref, il faut se donner les moyens d’être compétent avant de vouloir que les autres le deviennent.

Après, je pars du principe que chaque élève qui passe la porte du dojo, je dois lui donner quelque chose qui le fera progresser. Donc, il est pour moi important de bien différencier les différents types d’entraînements ou de cours. Il faut faire attention à ne pas rester dans du « cours de masse » avec l’enseignant qui parle et montre, et les élèves qui font. Car bien souvent, dans ce cas, la très grande majorité des pratiquants feront mal l’exercice en question et donc ne progresseront pas. C’est du temps perdu.

Il ne faut donc pas hésiter à individualiser le discours en fonction des élèves (ou groupes d’élèves), à passer du temps avec eux sur tel ou tel exercice. Chacun en fonction de ses capacités et de sa compréhension du moment aura différentes étapes à franchir pour s’approcher d’un mouvement que l’on pourrait qualifier de « parfait », et c’est à l’enseignant de l’y aider. Je pense que chaque fois qu’un élève vient en cours ou en stage, il doit repartir avec des « billes » pour progresser. Un exercice, un conseil, un mot, peu importe, mais il doit toujours repartir avec quelque chose en plus.

6 – L’évolution des arts martiaux ?

Je crois que l’évolution des arts martiaux ne fait que suivre l’évolution de la société.

Avant j’avais l’habitude d’entendre « qui peut le plus peut le moins », et aujourd’hui j’ai l’impression que l’on a basculer vers le « qui fait le moins, s’en sort quand même très bien ». (rire)

Mais ça dans les arts martiaux, c’est faux. Même si beaucoup essayent malheureusement de le faire croire.

Je pense qu’il y a toujours beaucoup de très bons pratiquants, et cela dans toutes les disciplines. Mais je crois aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui sont loin du niveau de leurs prétentions. Et c’est de notre faute à tous. Et rien que la notre. C’est nous qui avons laissé faire…

On connaît tous l’expression « qui vole un œuf, vole un bœuf », et bien c’est pareil dans les arts martiaux. Si l’on ment à un pratiquant au début, on risque de devoir lui mentir toute sa vie. Si l’on veut être gentil avec tel pratiquant et lui donner telle récompense pour qu’il se sente fort et se réinscrive la saison d’après, ou s’investisse dans le groupe, … on tue la qualité des arts martiaux. Et une fois que le pied est dans l’engrenage, c’est trop tard.

Au professeur d’être honnête avec l’élève et à l’élève d’être honnête avec lui-même.

C’est avec Honnêteté que l’on peut redresser la barre et redonner aux arts martiaux ses lettres de noblesse.

 7 – Un enchaînement technique ?

Peu importe les techniques, ce sont les principes qui comptent.

Souplesse du corps, liberté de mouvement, adaptabilité sont des points clés

Et mettre en avant ce que j’appelle le « mouvement unique et continu », du début à la fin de l’enchaînement. Ne pas se stabiliser, ne pas faire de pause, ne pas faire d’appels, qui sont des moments où l’on se met systématiquement en danger.

L’image de l’arc et la flèche. Lorsque la flèche est lâchée, elle quitte immédiatement l’arc et son mouvement est direct et continue jusqu’à sa cible.

8 – Une anecdote ?

Lors de mon passage de Shodan, il y avait une épreuve de combat à l’époque où nous étions par poule. Nous devions gagner au moins 3 combats sur 4 pour valider l’épreuve. Arrivé en fin de poule, j’avais gagné 3 combats et j’étais donc certain de valider mon grade. Mon dernier combat devait se faire contre un gars qui avait lui gagné ses deux premiers combats. Il lui en restait donc 2 pour espérer valider son grade.

Son culot a fait qu’il est venu me voir en douce et m’a demandé si je ne pouvais pas perdre le combat face à lui vu que ça ne changerait rien pour moi. J’ai tellement halluciné de me dire que quelqu’un qui passe une ceinture noire de Karaté, et qui est censé avoir certaines valeurs qui y sont associées, puisse me demander ça, que je n’ai rien répondu et j’ai tourné la tête. Ou plutôt j’ai répondu sur le tatami, car si j’avais l’habitude d’être sympa, je n’avais plus du tout envie d’être sympa avec lui et je voulais le remettre à sa place.

Le combat n’a duré qu’une vingtaine de seconde. (rire)

Je lui ai placé trois coups de pieds à la tête. Je m’en souviens très bien. Il était dégoûté.

Malheureusement pour les valeurs du Budo, il a quand même eu son grade puisqu’il a remporté son combat suivant…

Par contre, je ne l’ai jamais revu. Peut-être un de ceux qui croient que la ceinture noire est un aboutissement…

9 – Un coup de gueule ?

Pour pouvoir progresser, il faut des partenaires compétents, il faut donc accepter que les gens autour de nous deviennent bons, et même meilleurs que nous. C’est ainsi que l’on pourra évoluer dans le bon sens. On a tous besoin les uns des autres. Soit l’on progresse ensemble, soit on régresse ensemble. Donc arrêtons de critiquer et soutenons nous. Car si tout le monde progresse, c’est les arts martiaux et l’ensemble de ses pratiquants qui sortiront grandis.

Il faut également arrêter de vouloir faire de la quantité. Même si tout le monde n’a pas la possibilité et la volonté de consacrer beaucoup de temps et d’énergie à la pratique, il faut l’accepter et revenir à de la qualité. Et pour cela, comme dit précédemment, il ne faut pas mentir aux gens, et pas adapter la pratique aux faibles investissements de certains. Non, c’est à eux de se tirer vers le haut s’ils veulent perdurer sur le chemin du Budo.

Attention, la pratique doit rester accessible à tous, quelles que soient les capacités de chacun. Mais restons honnête. Devenir (très) bon dans un domaine prend beaucoup de temps et demande encore plus de travail. C’est AUSSI vrai pour les arts martiaux.

Si l’on veut essayer de faire à nouveau « rêver » les gens avec les arts martiaux. Il faut vouloir titiller l’excellence. A nous de nous en donner les moyens.

10 – Le futur ?

En 2013 j’ai vraiment changé ma manière de pratiquer et j’ai choisi mes lignes directrices. Aujourd’hui, même si je suis déjà très satisfait de la direction que cela prend, de la progression que je pense avoir, ainsi que de mon épanouissement personnel, je crois qu’il est encore trop tôt pour en faire un bilan. Je vais donc continuer à travailler et polir mon KarateDo dans la direction qui m’intéresse. Continuer aussi à développer la vision Shinjukaï avec mes élèves car je suis certain que cela portera ses fruits à longs termes et sera bénéfique pour eux. Enfin, j’espère faire perdurer mes projets, notamment les stages communs que j’ai la chance d’animer et qui me tiennent vraiment à cœur.

En fin de saison dernière, j’ai décidé de mettre de côté plusieurs choses qui me demandaient du temps pour me consacrer à fond à mes élèves, mon dojo, ma vision de la pratique.

Rendez-vous donc dans quelques années quand, je l’espère, le travail aura porté ses fruits.

 

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